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J'ai l'impression que chaque être porte une blessure ontologique, un mal-être fondamental –  quelque chose comme ça, et qui revient de temps en temps. Quand j'aurai finit ma relecture de l'Agenda je recommencerai les Carnets d'une Apocalypse car je m'aperçois que je n'en ai quelques souvenirs. Par exemple, il me semble bien que Satprem a parlé de l'existence dans l'être d'une sorte de Négativité essentielle qui se refuse au Divin et résiste au processus de transformation. 

Quelques paroles de Mère :

➡ Chacun représente ici une impossibilité à résoudre, mais comme pour ta divine Grâce tout est possible, ton œuvre ne sera-t-elle point, dans le détail comme dans l’ensemble, l’accomplissement de toutes les impossibilités transformées en divines réalisations...   »  (Paroles de la Mère – Volume 2 – 15 janvier 1933)

➡ chacun représente à la fois une possibilité et une difficulté spéciale qu’il faut résoudre (Agenda du 20 septembre 1960)

➡ Parce que chacun représente un aspect du problème. (Agenda du 7 juin 1967)

➡ Satprem : Je dois dire que ce n'est pas joli, ce que je vois.

On est né avec... (comment dire ?) some special twist [une torsion spéciale], chacun est né (riant) tordu d'une façon spéciale – je le connais mon tordu, je le connais bien ! (Je n'en parle pas parce que ce n'est pas amusant.)  (Agenda du 20 novembre 1963)

Ainsi, même Mère n'était, sans doute même Sri Aurobindo, parce qu'ils ont accepté l'incarnation, n'ont pas échappé au problème. Cela semble donc propre à toute incarnation. Mon coté tordu, moi aussi, il me semble assez bien le connaître.

C'est peut-être cela qui est évoqué dans les fameuses 5 blessures de l'âme, le rejet, l'abandon, l'humiliation, la trahison, l'injustice... mais je n'ai jamais lu le livre de Lise Bourbeau. Peut-être que je devrais, je ne sais pas. Il me semble que cette blessure fondamentale, cette impossibilité, cette difficulté spéciale ce coté tordu, relève de quelque chose de plus profond que ce que laisse entendre la psychologie et que les réponses de la psychologie sont insuffisantes. 

Et ce n'est jamais très agréable de faire face à son côté tordu...

Que faire ? Que faire quand on est de nouveau confronté à cela ? Pas si facile ni si simple. 

Nous pouvons peut-être nous inspirer de ce que Mère nous partage.

(À propos des difficultés du disciple.)

Moi, j’avais senti chez toi une partie de la conscience – une partie très extérieure, très superficielle – qui tirait.

Oui, c’est cela.

Et je me disais : comment se fait-il ?...

Quand c’est venu, j’ai toujours dit : les choses sont conduites, par conséquent il y a une raison et j’ai quelque chose à apprendre. Mais je vois que c’est réellement quelque chose qui est intransformable.

Il faut le rejeter de la nature. N’est-ce pas, c’est quelque chose qui doit de vie en vie se transformer – il faut que ce soit en dehors de ta personnalité.

(le disciple pose sa tête sur les genoux de Mère, 
qui se penche pour l’embrasser)

J’ai beaucoup souffert... Puissè-je te servir, Mère.

C’est ce qui, dans le passé, doit disparaître, qui s’accroche désespérément – en chacun sous une forme différente.

(Mère plonge, respiration haletante, 
cherche à parler à moitié en transe sans y parvenir)

...Ne vouloir que ce que Dieu veut.

(Puis Mère ferme les yeux et sourit,
 les paumes ouvertes, et plonge)

S’accrocher au Divin comme cela (poings fermés). S’accrocher... (Mère a des larmes aux yeux, elle halète) afin que ce soit le Divin qui nous porte. C’est tout.

(Mère cherche à parler à moitié en transe)

...Tout, il faut être tout une aspiration intense-intense, constante...

Constante, régulière, organisée, douce et patiente en même temps, 
résiste à toutes les oppositions, surmonte toutes les difficultés.  

Quelques remarques en résumé

C'est évidemment très poignant, il faudrait être d'une insensibilité et d'une inconscience crasse pour ne rien sentir, pour ne pas être touché... 

Nous pouvons relever trois éléments à utiliser :

➡ Il faut le rejeter de notre nature, que ce soit en dehors de notre personnalité. Cela signifie cesser de s'identifier à cela, considérer que cela ne nous appartient pas. 

➡ Ne vouloir que ce que Dieu veut... afin que ce soit le Divin qui nous porte. Obéissance et soumission à la Volonté divine et l'art de se laisser porter par le Suprême, la Force Consciente du Divin. 

➡ il faut être tout une aspiration intense-intense, constante...

Il est très facile de se rendre compte par nous-mêmes que dès que nous sortons de l'aspiration, les choses désagréables  peuvent à nouveau revenir, nous envahir et nous submerger. Je me trompe peut-être mais j'ai l'impression que chaque fois que ce côté tordu, douloureux, ontologique revient, c'est que nous sommes sorti de l'aspiration. En tout cas pour moi, cela semble être comme ça.  

Peut-être que nous ne savons pas assez PROTÉGER notre aspiration, que nous n'avons pas encore assez conscience qu'elle est une petite flamme très précieuse que nous devons protéger de toutes les circonstances extérieures qui tentent de la distraire, de l'étouffer, de l'éteindre...

Si notre petite flamme d'aspiration s'éteint, inutile de perdre son temps à se lamenter, il faut la rallumer, c'est tout.

Et si nous nous rappelons que l'aspiration vraie vient de l'être psychique, de l'âme, de l'étincelle divine en nous, cesser d'aspirer, ressemble à cesser de s'accrocher au Divin. Pour le dire autrement, dès que le contact avec le Divin retombe dans l'inconscience, les difficultés peuvent revenir.

Dans la vraie Réalité, le contact avec le Divin ne peut JAMAIS être rompu... car nous sommes littéralement habité par le Divin intérieur et nous baignons littéralement dans la conscience divine.... mais, il semblerait que si ce contact est inconscient, cela change assez considérablement la donne. 

Tâchons donc de faire le nécessaire pour devenir conscient de cette Présence intérieure et universelle... 

🔥

Ou bien pour regarder le problème à résoudre sous un autre angle, le retour de ces phases douloureuses semblent très liées à l'oubli. Quand nous oublions notre dimension spirituelle et divine, alors nous retombons... dans la boue. Mais ces chutes ont peut-être un sens. 

2 aphorismes de Sri Aurobindo

462 — Dans notre ignorance, nous sommes comme des enfants fiers de réussir à marcher debout, sans aide, et trop ardents pour nous apercevoir du doigt de la mère qui nous touche l’épaule pour nous tenir d’aplomb. Quand nous nous éveillons, nous regardons derrière nous et nous voyons que Dieu nous conduisait et nous soutenait tout le temps.

463 — Au début, chaque fois que je retombais dans le péché, j’avais l’habitude de pleurer et de me mettre en rage contre moi-même et contre Dieu pour l’avoir permis. Plus tard, j’osais seulement demander, sans plus   : «   Pourquoi m’as-tu encore roulé dans la boue, ô mon camarade de jeu ?   » Puis il me vint à l’esprit que ceci aussi semblait trop impudent et présomptueux ; je ne pouvais plus que me relever en silence, le regarder du coin de l’œil et me nettoyer.

Commentaire de Mère – le 8 avril 1970

Tant que l’homme s’enorgueillira de sa vertu, le Seigneur Suprême le fera tomber dans le péché pour lui apprendre la nécessité de la modestie.

2 remarques

1. et contre Dieu pour l’avoir permis : Voilà quelque chose que nous nous demandons souvent : pourquoi le Divin permet-il tout cela ? 

2. Le sens de ces chutes est il seulement une question d'orgueil ?

Quand nous retombons dans des états de conscience très inférieurs, l'aspiration au Divin, à une vie spirituelle et divine semble totalement absente – dans ces états de conscience-là, le Divin, on s'en contrefiche complètement, on l'oublie, ça n'existe pas, ça n'a aucune réalité. Dans ces moments-là, la sadhana, on l'oublie, on n'y pense même plus, comme si elle n'avait plus aucune réalité ni aucun sens. C'est un phénomène que j'ai observé des dizaines et des dizaines de fois.

Et j'en viens à me demander si retomber dans ces noirceurs, dans ces épaisseurs d'inconscience ne sert pas précisément a essayer d'y semer la flamme de la Conscience, la flamme de l'aspiration, la flamme de la purification, la flamme de la conversion et de la consécration.

Ce n'est qu'une hypothèse, je laisse à chacun d'en juger de la pertinence. 

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