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Une autre lettre à Dilip très intéressante sur le don de soi au Divin dans laquelle Sri Aurobindo confie : "C'est là en fait le principe de sadhana que j'ai moi-même suivi et c'est la partie centrale du yoga tel que je l'envisage." Un peu plus loin, Sri Aurobindo ajoute un autre élément très important, à savoir que "c'est la seule [méthode] que je connais grâce à laquelle la prise en charge de la sadhana par le Divin devient un fait perceptible avant que la préparation de la nature ne soit accomplie."

Mais le sujet est si important que cette lettre mérite bien une retranscription intégrale.

10 mars 1936

Je n'ai jamais eu l'intention de suggérer qu'il n'existait qu'un mince espoir que votre sadhana dépende du "si" de la soumission. J'ai toujours dit le contraire, à savoir que du moment que votre âme veut vraiment le Divin, vous êtes certain de l'atteindre ; c'est seulement si vous abandonnez – et c'est pourquoi je m'insurge fortement contre ces découragements, en dehors de la souffrance qu'ils vous infligent, parce qu'ils essaient de vous conduire à cela – que la chose peut échouer ou plutôt être renvoyée à un lointain futur. 

*

Ce que j'ai écrit était en réponse à vos propos concernant votre précédente idée sur le yoga, selon laquelle si on veut le Divin, le Divin lui-même se chargera de purifier le cœur, développera la sadhana et donnera les expériences nécessaires. Je voulais dire que cela peut se passer et se passe effectivement ainsi si l'on a confiance et foi en le Divin et la volonté de s'abandonner. 

Ainsi, avant toute chose, c'est par cultiver ces qualités que nous devrions commencer et  peut-être même les développer jusqu'à leur pleine réalisation. Continuons cette lettre.

Car une telle prise en charge implique que l'on se remet entre les mains du Divin plutôt que de faire confiance uniquement à ses propres efforts, et cela signifie que l'on place sa foi et sa confiance en le Divin et en un don de soi progressif. 

C'est là en fait le principe de sadhana que j'ai moi-même suivi et c'est la partie centrale du yoga tel que je l'envisage.

C'est, je suppose, ce que voulait dire Ramakrishna dans son image, avec la méthode du bébé chat. Mais tout le monde ne peut pas suivre cela tout de suite ; il faut du temps aux gens pour y arriver – c'est quand le mental et le vital deviennent tranquilles que cela se développe le plus.

*

Ce que j'entendais par "soumission", c'était la soumission intérieure du mental et du vital. Il existe aussi, bien entendu, la soumission extérieure, l'abandon de tout ce que l'on trouve en opposition avec l'esprit ou le besoin de la sadhana, de l'offrande, de l'obéissance à la guidance du Divin, soit directement, si l'on atteint à ce stade, soit à travers le psychique ou la direction du gourou. 

Je tiens à dire que le prayopavesan [un très long jeûne menant généralement à la mort] ne me semble pas avoir quoi que ce soit de commun avec la soumission ; c'est une forme de tapasya d'un genre très austère et à mon avis très excessif, souvent dangereux. Mais ce dont je parlais dans ma lettre, c'était la soumission intérieure.

*

Le cœur de cette soumission intérieure, c'est la confiance et la foi en le Divin. On prend l'attitude : "Je veux le Divin et rien d'autre." (Je ne vois pas pourquoi vous penseriez qu'on pourrait vous demander d'abandonner cela – s'il n'y a pas cela, le yoga ne peut pas se faire).

"Je veux me donner entièrement à Lui, et puisque mon âme veut cela, je ne peux que Le rencontrer et Le réaliser. Je ne demande rien d'autre que cela et son action en moi pour me conduire vers Lui, son action secrète ou ouverte, voilée ou manifeste. Je n'exige pas que ce soit mon propre moment ni ma propre façon. Qu'il fasse tout selon son moment et sa façon à Lui. Je croirai en Lui, accepterai sa volonté, aspirerai avec constance à sa Lumière, sa présence et sa joie, traverserai toutes les difficultés et tous les retards en lui faisant confiance et sans jamais abandonner. Que mon mental soit calme, se tourne vers Lui et s'ouvre à sa Lumière ; que mon vital soit paisible, se tourne vers Lui seul et s'ouvre à son calme et à sa joie. Tout pour Lui et moi pour Lui. Quoi qu'il advienne, je me tiendrai à cette aspiration et à ce don de moi et continuerai dans la parfaite confiance que cela s'accomplira."

Telle est l'attitude dans laquelle on doit grandir ; car bien entendu, on ne peut la rendre parfaite tout de suite : les mouvements mentaux et vitaux se mette à la traverse ; mais si l'on garde la volonté tournée vers elle, elle grandira dans l'être. Le reste est une question d'obéissance à la guidance lorsqu'elle se manifeste – ne pas laisser interférer les mouvements du mental ou du vital. 

*

Il n'était pas dans mon intention de prétendre que cette voie est la seule et que la sadhana ne peut se faire autrement – il en existe tant d'autres par laquelle on peut approcher le Divin. Mais c'est la seule que je connais grâce à laquelle la prise en charge de la sadhana par le Divin devient un fait perceptible avant que la préparation de la nature ne soit accomplie.

Avec d'autres méthodes, l'action et l'aide divines peuvent se faire sentir de temps en temps, mais restent pour l'essentiel derrière le voile jusqu'à ce que tout soit prêt. Dans certaines sadhanas, l'action divine n'est pas reconnue ; tout doit se faire par la tapasya. Dans la plupart, on trouve un mélange de deux, la tapasya appelant à la fin l'aide et l'intervention directes. L'idée et l'expérience du Divin qui fait tout appartient aux yogas basés sur la soumission. 

Cela a le mérite d'être clair. C'est donc à nous de choisir ce que nous voulons...

*

Mais quel que soit le chemin suivi, la seule chose à faire est d'être constant et d'aller jusqu'au bout. Vous avez si souvent pris cette décision – tenez-vous-y, ne laissez pas les tempêtes du vital éteindre l'aspiration de votre âme. 

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