Attitude vraie dans l'Agenda
Agenda du 25 octobre 1960
J’ai regardé, j’ai vu quel était le domaine qui dépend de la pensée – le pouvoir de la pensée sur le corps – , c’est formidable ! On n’imagine pas à quel point c’est formidable. Même une pensée qui est subconsciente et quelquefois inconsciente, ça agit, ça provoque des résultats fantastiques !... J’ai étudié cela. Depuis deux ans, je suis à étudier cela en détail – c’est incroyable ! Si un jour j’ai le temps d’expliquer tout cela, ce sera intéressant…
Des toutes-toutes petites réactions mentales ou vitales, toutes petites, qui dans notre conscience ordinaire paraissent n’avoir aucune espèce d’importance – ça agit sur les cellules du corps, et ça peut créer un désordre... N’est-ce pas, quand on observe attentivement, on s’aperçoit tout d’un coup d’un tout petit malaise, trois fois rien (si on est occupé, on ne s’en rend même pas compte), et alors si on suit le malaise, pour voir, on s’aperçoit que ça venait de quelque chose qui, dans notre conscience active, est imperceptible et «sans importance» – ça suffit à créer un malaise dans le corps.
C’est pour cela que, à moins qu’on ne soit à volonté et constamment dans ce qu’ils appellent ici la conscience du Brahman, c’est pratiquement impossible à contrôler. Et c’est cela qui donne l’impression que certaines choses arrivent dans le corps, qui sont indépendantes de... non seulement de notre volonté mais de notre conscience – ce n’est pas vrai.
Seulement il y a tout ce qui vient du dehors – ça, c’est le plus dangereux. Constamment, constamment : on mange, on attrape... quelle masse de vibrations ! Vibrations de la chose que l’on mange, quand elle était vivante (il en reste toujours), vibrations de la personne qui l’a cuite, vibrations de...
N’est-ce pas, tout le temps, tout le temps, ça n’arrête pas – on respire, ça rentre. Naturellement, quand on se met à parler à quelqu’un ou à se mêler aux gens, là on devient un peu plus conscient de ce qui vient, mais même quand on est assis comme ça, immobile, sans s’occuper des autres – ça vient ! C’est une interdépendance presque absolue, l’isolement est une illusion...
On peut, en forçant son atmosphère (Mère fait le geste de dresser un rempart autour d’elle), on peut tenir ces choses en partie à distance, mais rien que cet effort pour les éloigner, cela crée aussi des (je suis en train de penser en anglais et de parler en français! ) ça crée des «disturbances» (dérangements). Enfin, tout cela maintenant, c’est vu.
Mais je sais d’une façon absolue que si on peut maîtriser toute cette masse du Mental physique et y apporter la conscience du Brahman d’une façon continue, on peut, on est le maître de sa santé.
Et c’est pour cela que je dis aux gens (non pas que j’espère qu’ils pourront le faire, en tout cas maintenant, mais il est bon de le savoir), je leur dis que ce n’est pas une fatalité, que ce n’est pas une chose qui échappe complètement à notre contrôle, que ce n’est pas une sorte de «Loi de la Nature» sur laquelle nous n’avons aucun pouvoir – ce n’est pas ça. Nous sommes vraiment les maîtres de tout ce qui a été rassemblé pour créer notre individualité passagère ; et le pouvoir de contrôle nous est donné, si nous savons nous en servir.
C’est une discipline, une tapasya8 formidable.
8. Tapasya : ascèse, austérités, discipline rigoureuse.
Mais c’est bon de le savoir pour ne pas avoir cet écrasement que l’on a quand les choses sont encore tout à fait en dehors de votre contrôle, cette espèce de sens de la Fatalité qu’ont les gens : ils naissent, ils vivent, ils meurent et c’est la Nature écrasante et nous sommes les jouets de quelque chose qui est beaucoup plus grand, beaucoup plus fort que nous – ça, c’est le Mensonge.
En tout cas, pour moi, pour mon yoga, c’est seulement quand j’ai su que je suis le Maître de tout (si je sais être ce Maître et je me laisse être ce Maître, si l’imbécillité extérieure consent à se tenir à sa place), alors j’ai su qu’on pouvait maîtriser la Nature.
Il y a aussi cette vieille idée des religions d’origine chaldéenne et chrétienne, de ce Dieu-là devant lequel on est quelque chose qui ne peut pas avoir de vrai contact – un abîme entre les deux. Ça, c’est terrible
Ça, il faut absolument que ça cesse.
Parce que jamais la terre et les hommes ne pourront changer avec cette idée-là. C’est pour cela que j’ai dit bien souvent que cette idée-là était l’œuvre des Asouras9 ; c’est avec ça qu’ils ont dominé la Terre.
9. Asouras : les démons du plan mental.
Tandis que quel que soit l’effort, quelle que soit la difficulté, quel que soit le temps qu’il faille y passer, quel que soit le nombre de vies, il faut savoir que tout cela n’a aucune importance : on sait qu’on est le Maître, et que le Maître et soi-même c’est la même chose. Tout ce qu’il faut, c’est... le savoir intégralement, que rien ne le démente. Ça, c’est la sortie.
C’est pour cela que je dis aux gens : «C’est de votre vie intérieure (intérieure intermédiaire, n’est-ce pas, parce que ce n’est pas le plus profond) que dépend votre santé.»
Depuis deux ans, j’accumule les expériences dans les détails les plus minimes, les choses qui peuvent paraître les plus futiles : il faut consentir à cela, ne pas avoir la manie des grandeurs; savoir que c’est dans le tout petit effort pour créer dans quelques cellules une attitude vraie qu’on peut trouver la clef.
Seulement, quand on rentre dans la conscience ordinaire, ces choses sont tellement subtiles, elles demandent une observation tellement scrupuleuse que c’est cela qui légitime les gens (qui paraît légitimer les gens) dans leur attitude : «Oh ! c’est la Nature, c’est la Fatalité, c’est la Volonté divine.» Mais avec cette conviction-là, le «Yoga de la Perfection» est impossible, ça paraît une utopie fantastique – mais c’est FAUX. La vérité est tout autre.
(long silence)
... Quand je dis à quelqu’un : «Je m’occuperai de toi», tu sais ce que je fais ? – J’associe son corps au mien. Et alors tout le travail est fait en moi (dans la mesure où c’est possible, n’est-ce pas. Essentiellement c’est possible, mais il y a une relativité dans les possibilités parce que le temps compte ; mais dans la mesure où c’est possible...) Et alors, ça m’intéresse beaucoup de faire des recoupements et de savoir les résultats de mes interventions – pas pour me glorifier (il n’y a pas de quoi se glorifier !) – mais pour l’étude scientifique du problème : savoir comment se guider, comment discerner, qu’est-ce qui est actif, qu’est-ce qui ne l’est pas, quels sont les moyens d’approche, etc.?
Et même si on ne se sent pas très bien, eh bien, à ce moment-là, si on est capable de se dire : «Ça ne fait rien; ce qu’on a à faire, on le fera» (c’est cette espèce de peur de ne pas pouvoir faire qui est ennuyeuse), si à ce moment-là on peut sincèrement se dire «Non – avoir cette confiance dans la grâce divine – non, ce que j’ai à faire, je le ferai et on me donnera le pouvoir de le faire, ou on créera en moi le pouvoir de le faire», ça c’est l’attitude vraie.
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Agenda du 12 janvier 1961
50 – Haïr le pécheur est le pire des péchés, car c’est haïr Dieu ; et pourtant, celui qui le commet se glorifie de sa vertu supérieure.
Tu as une question ?
Quand on entre dans un certain état de conscience, on voit bien que l’on est capable de tout et que, au fond, il n’est pas un seul «péché» qui ne soit notre péché, potentiellement. Est-ce une impression juste? Et pourtant, on se révolte contre certaines choses et on a des dégoûts; il y a toujours un point, quelque part, que l’on n’admet pas. Pourquoi? Quelle est l’attitude vraie, l’attitude efficace devant le Mal ?
Il n’est pas un seul péché qui ne soit notre péché…
On a cette expérience quand, pour une raison quelconque (cela dépend des cas), on se met en rapport avec l’état de conscience universel (non dans son essence illimitée mais sur n’importe quel plan de la Matière).
Il y a une conscience atomique, n’est-ce-pas, il y a une conscience purement matérielle, et il y a, beaucoup plus encore, une conscience psychologique générale.
Quand, par une intériorisation, une sorte d’abstraction de l’ego, on entre en contact avec cette zone de conscience, disons psychologique terrestre, ou humaine collective (il y a une différence : «humaine collective» est une diminution, tandis que «terrestre» inclut beaucoup de mouvements des animaux et même des plantes ; mais dans le cas présent, comme la notion morale de faute, de péché, de mal, appartient exclusivement à la conscience humaine, nous dirons simplement la conscience psychologique collective humaine), quand on entre en contact avec cela, naturellement par cette identification, on se sent ou on se voit, ou on se sait capable de n’importe quel mouvement humain, n’importe où.
Ça, c’est dans une certaine mesure une Conscience-de-Vérité : ce sens égoïste de ce qui vous appartient et ne vous appartient pas, de ce que vous pouvez faire et ne pouvez pas faire disparaît à ce moment-là ; on se rend compte que la construction fondamentale de la conscience humaine rend n’importe quel être humain capable de faire n’importe quoi.
Et comme on est dans une conscience-de-vérité, on a en même temps la notion que les jugements ou les dégoûts, ou le rejet, sont des absurdités : tout est potentiellement là.
Et si certains courants de force (que d’habitude on ne peut pas suivre : on les voit arriver et partir, mais leur origine et leur direction, généralement on ne les connaît pas), si n’importe lequel de ces courants vous pénètre, il peut vous faire faire n’importe quoi.
Si l’on restait toujours dans cet état de conscience, au bout d’un certain temps, si on garde en soi la flamme d’Agni, la flamme de purification et de progrès, on serait capable non seulement d’empêcher ces mouvements de prendre une forme active en soi et de s’exprimer matériellement, mais on serait capable d’agir sur la nature même du mouvement et de le transformer.
Mais bien entendu, à moins d’être arrivé à un très grand degré de réalisation, il est pratiquement impossible de garder cet état de conscience pendant longtemps. Presque tout de suite on retombe dans la conscience égoïste du moi séparé, et alors toutes les difficultés reviennent : le dégoût, la révolte contre certaines choses, l’horreur qu’elles vous causent, etc.
Il est probable (il est même certain) que jusqu’à ce qu’on soit, soi-même, complètement transformé, ces mouvements de dégoût et de révolte sont nécessaires pour que l’on fasse en soi-même ce qu’il faut pour fermer la porte – car, après tout, le problème est de ne pas les laisser se manifester.
Dans un autre aphorisme, Sri Aurobindo a dit (je ne me souviens plus exactement de ses mots) que le péché est simplement quelque chose qui n’est pas à sa place. Dans ce perpétuel Devenir, jamais rien ne se reproduit, et il y a des choses qui, pour ainsi dire, disparaissent dans le passé ; et au moment où leur disparition devient nécessaire, ces choses deviennent, pour notre conscience si limitée, mauvaises, repoussantes. Et nous nous révoltons contre elles parce que leur temps d’existence est passé.
Mais si nous avions la vue d’ensemble, si nous étions capables de contenir en nous le passé, le présent et l’avenir d’un seul coup (comme c’est quelque part là-haut), nous verrions la relativité de ces choses, et que c’est surtout la Puissance d’évolution progressive qui met en nous cette volonté de rejet, et que là où elles étaient à leur place, elles étaient tout à fait tolérables.
Seulement, il est pratiquement impossible d’avoir cette expérience à moins que l’on n’ait une vision totale, c’est-à-dire la vision qu’a seul le Suprême !
Par conséquent, il faut d’abord s’identifier au Suprême, puis, après, avec l’identification, on peut revenir à une conscience suffisamment extériorisée et voir les choses telles qu’elles sont. Mais c’est cela le principe, et dans la mesure où on est capable de le réaliser, on arrive à un état de conscience où on peut tout regarder avec le sourire d’une certitude totale que tout est comme ça doit être.
Naturellement, les gens qui ne pensent pas assez profondément dirons : «Ah ! mais si nous voyons que tout est «comme ça doit être», plus rien ne bougerait.» – Mais non ! Il n’y a pas une fraction de seconde où cela ne bouge ! C’est une transformation continue et totale, un mouvement qui ne s’arrête jamais. C’est parce qu’il nous est difficile de sentir comme cela que nous pouvons nous imaginer qu’en entrant dans certains états de conscience quelque chose ne changerait pas. Même si nous entrions dans une inertie apparemment totale, ça continuerait à changer – et nous avec !
Au fond, le dégoût, la révolte, la colère, tous ces mouvements de violence sont nécessairement des mouvements d’ignorance, de limitation, avec toute la faiblesse que représente la limitation. La révolte est une faiblesse – c’est le sentiment de la volonté impuissante, par conséquent c’est une faiblesse. On sent, on voit que les choses ne sont pas comme elles doivent être et on se révolte contre ce qui n’est pas conforme à ce que l’on voit ; mais si vous étiez tout-puissant et si votre volonté était toute-puissante et que votre vision était toute-puissante, il n’y aurait aucune occasion de se révolter ! vous verriez toujours que toutes les choses sont comme elles doivent être. Ça, c’est la toute-puissance1. Et ces mouvements, tous les mouvements de violence, deviennent non seulement inutiles mais profondément ridicules.
1. Interrogée plus tard sur le sens de cette phrase un peu elliptique, Mère a répondu :
«Il y a deux étapes. L’une est une vision mentale (et qui peut être intuitive) de ce qui sera (peut-être dans un futur immédiat), et c’est cela que nous appelons voir les choses «comme elles doivent être.» L’autre, c’est une identification avec la Volonté suprême et la perception qu’à chaque instant tout est exactement comme le Suprême le veut : c’est l’expression exacte du Suprême.
L’une est une vision qui est en avance, et alors qui dit : «Mais c’est comme cela que ça doit être.» Mais nous négligeons de voir le chemin entre ce qui est maintenant et ça. Tandis que si nous allons tout en haut et que nous nous unissons à la Conscience de la Volonté suprême, nous voyons à chaque seconde, à chaque instant de l’univers, que tout est exactement comme ça doit être – exactement comme le Suprême veut que ce soit. Ça, c’est la Toute-Puissance.»
Par conséquent il n’y a qu’une solution : par aspiration, concentration, intériorisation et identification, s’unir à la Volonté suprême. Et ça, c’est à la fois la toute-puissance et la parfaite liberté. Et ça, c’est la seule toute-puissance et la seule liberté – tout le reste, c’est des à-peu-près. On peut être en route, mais ce n’est pas la Chose totale.
Et alors, si on fait l’expérience, on s’aperçoit qu’avec cette suprême liberté et ce suprême pouvoir, il y a aussi la paix totale et une sérénité qui ne se dément plus.
Donc, si on éprouve quelque chose qui ne soit pas cela, une révolte, un dégoût, quelque chose qu’on n’arrive pas à admettre, c’est qu’il y a EN SOI une partie qui n’est pas touchée par la transformation, qui est encore en cours de route, quelque chose qui a gardé la vieille conscience, c’est tout.
Agenda du 23 septembre 1964
(Ici, Mère fait diverses réflexions sur le gourou tantrique et décrit certaines choses qu'Elle a vues à son sujet :)
...Ça vient avec des images, c'est une espèce de perception cinématographique...
(Puis Elle enchaîne :)
...Il y a toute une partie de la conscience la plus matérielle, tout à fait physique (justement celle qui participe à l'innombrable-minuscule activité de chaque jour) qui, évidemment, est très difficile à supporter. Dans la vie ordinaire, c'est passable, c'est supportable parce que l'on y prend de l'intérêt et que l'on a quelquefois du plaisir – toute cette vie de surface qui fait que... on voit une jolie chose, ça vous fait plaisir ; on a un bon goût dans la bouche, ça vous fait plaisir ; enfin tous ces petits plaisirs, si futiles, mais qui aident à supporter l'existence.
Ceux qui n'ont pas la conscience intérieure et le rapport avec ce qui est derrière tout cela ne pourraient pas vivre s'ils n'avaient pas un petit plaisir.
Alors il y a un tas de tout petits problèmes qui se posent, des problèmes de l'existence matérielle, qui expliquent parfaitement bien que ceux qui n'avaient plus de désir, et par conséquent ne prenaient plus plaisir à rien, avaient une seule idée : «À quoi sert tout ça !»
Et de fait, si l'on n'avait pas le sentiment qu'il faut supporter tout ça parce que cela mène à quelque chose d'autre, qui est tout à fait différent de nature et d'expression, ce serait d'une fadeur et d'une puérilité, d'une mesquinerie, qui deviendrait tout à fait insupportable. C'est ce qui explique certainement l'aspiration au Nirvâna et la fuite hors de ce monde.
Il y a donc ce problème, un problème de chaque seconde, que je dois résoudre à chaque seconde par l'attitude correspondante qui mène à la Vraie Chose ; et en même temps, cette autre attitude de l'acceptation de ce qui est – de ce qui mène, par exemple, à la désintégration : l'acceptation de la désintégration, de la défaite, de la décomposition, de l'amoindrissement, de la déchéance – toutes ces choses qui, naturellement, pour l'homme ordinaire, sont détestables et contre lesquelles il réagit violemment.
Mais puisque l'on vous dit que tout est l'expression de la Volonté divine et doit être accepté comme la Volonté divine, alors vient ce problème, qui se pose d'une façon presque constante et à chaque minute : si l'on accepte ça comme l'expression de la Volonté divine, tout naturellement les choses se dérouleront selon leur manière habituelle de désintégration, mais quelle est l'attitude vraie pour que l'on puisse garder cette égalité parfaite en toutes circonstances, et en même temps donner le maximum de force, de puissance, de volonté, à la Perfection qui doit se réaliser ?
Dès que l'on touche au plan, même vital, même le vital inférieur, le problème ne se pose pas, c'est très facile ; mais ici, dans les cellules du corps, dans cette vie ? Dans cette vie si rétrécie, si racornie, si microscopique, de chaque minute... Comment faire quand on sait qu'il ne faut pas faire intervenir une volonté de rejet de tout ce qui est une déchéance, et en même temps que l'on ne peut pas accepter la déchéance parce que l'on ne conçoit pas qu'elle soit une parfaite expression du Divin ?
C'est très subtil... il y a quelque chose à trouver ; et c'est une chose que, évidemment, je n'ai pas trouvée parce que ça revient, ça revient... Il y a des moments même où je dis : «Oh ! la Paix, la Paix, la Paix...», et alors je sens que c'est une faiblesse. Je dis : «Se laisser aller, ne penser à rien, ne pas chercher à savoir», et alors tout de suite, quelque chose se lève, là, quelque part, et dit : tamas.
(silence)
N'est-ce pas, mentalement, ce n'est pas un problème, tout cela est résolu et c'est très bien. Mais c'est là, c'est dedans – on ne peut même pas dire dans la sensation parce que je ne vis pas dans les sensations. C'est un problème de conscience, de la conscience de ce corps.
Et je sens bien que le problème ne pourrait disparaître que si, vraiment, la Conscience suprême prenait possession des cellules et les faisait vivre, agir, mouvoir, comme cela, qu'elles aient l'impression de la Toute-Puissance qui s'empare d'elles, et puis c'est fini, elles ne sont plus responsables de rien. Ça paraît être la seule solution. Alors vient la prière : «Quand est-ce que ça viendra ?»
«Aspire avec intensité, mais sans impatience»…
Et ce n'est même pas que j'aie le sentiment que les années passent – il n'y a rien de tout cela, ce n'est pas cela ! C'est le problème de la seconde à la seconde, de la minute à la minute. Je ne pense pas du tout : «Oh ! les années passent...», tout cela est fini depuis longtemps. Ce n'est pas cela, c'est... le chemin facile de l'acceptation passive, et qui mène évidemment («évidemment», c'est-à-dire non par raisonnement mais par expérience), qui mène à l'accentuation de la déchéance; ou cette intensité d'aspiration à la Perfection qui doit se manifester, à tout ce qui doit être, et qui maintient tout immobile dans cette attente. C'est l'opposition entre ces deux attitudes.
Aggravé par le fait que la bonne volonté (forcément ignorante) des cellules ne sait pas si l'une est meilleure que l'autre, si l'on doit choisir entre les deux, si l'on doit accepter les deux – elles ne savent pas ! Et comme ce n'est pas mentalisé ni formulé ni avec des mots, c'est très difficile. Oh ! dès que les mots viennent... tout ce qui a été dit revient, et c'est fini. Ce n'est pas cela, ce n'est plus cela. Même si des sensations fortes viennent, une force vitale, ce n'est plus un problème. C'est seulement LÀ, dans ça (Mère frappe son corps).
Les nuits, par exemple, sont une longue conscience, une grande action, une découverte de toutes sortes de choses, le point de la situation telle qu'elle est – mais il n'y a pas de problèmes ! Mais de la minute où le corps (je ne peux pas dire «se réveille» parce qu'il n'est pas endormi : il est seulement dans un état de repos suffisamment complet pour que ses difficultés personnelles n'entrent pas en question), mais de temps en temps, ce que nous appellerons le «réveil» se produit, c'est-à-dire que la conscience purement physique revient – et tout le problème revient, instantanément. Instantanément ce problème est là. Et sans se souvenir : ça ne vient pas parce que l'on se souvient du problème, c'est le problème qui est là, dans les cellules mêmes.
Et la matinée, oh !... Toutes les matinées sont difficiles. C'est curieux, la vie dans son ensemble passe avec une rapidité presque vertigineuse – les semaines, les mois passent comme cela –, et les matinées, à peu près trois heures le matin, ça dure comme un siècle ! Chaque minute est gagnée au prix d'un effort. C'est le moment du travail dans le corps, pour le corps, et pas seulement un corps : par exemple, toutes les vibrations des gens malades, tous ces problèmes d'existence, ça vient de partout.
Et pendant ces trois heures, c'est la tension, la lutte, la recherche aiguë de ce qui doit être fait ou de l'attitude qui doit être prise...
C'est à ce moment-là que j'ai expérimenté le pouvoir du mantra. Pendant ces trois heures, je répète mon mantra automatiquement, sans arrêt ; et chaque fois que la difficulté augmente, il y a une sorte de Puissance qui entre dans ces mots et qui agit sur la Matière.
Et c'est pour cela que je sais : sans ça, ce travail-là ne pourrait pas être fait.
Mais c'est pour cela que je dis : ce doit être votre mantra, pas quelque chose que vous avez reçu de qui que ce soit – le mantra qui est venu spontanément de votre être profond (geste au cœur), de votre guide intérieur. C'est ça qui tient.
Quand on ne sait pas, qu'on ne comprend pas, qu'on ne veut pas faire intervenir le mental et que l'on est... ça, c'est là ; le mantra est là ; et ça vous aide à passer. Ça aide à passer. Ça sauve la situation dans les moments critiques, c'est un soutien considérable, considérable.
Pendant ces trois heures-là (trois heures, trois heures et demie), c'est constant-constant, sans arrêt. Alors les mots jaillissent (geste du cœur). Et quand la situation devient critique, que ce désordre, cette désintégration semble gagner du pouvoir, c'est comme si le mantra se gonflait de force et... ça rétablit l'ordre.
Et ce n'est pas une fois, ce n'est pas un mois, ce n'est pas une année : c'est depuis des années comme cela, et ça va en augmentant.
Mais c'est un dur travail.
Et après cela, après ces heures-là, le contact avec l'extérieur recommence : je recommence à voir des gens et à faire le travail extérieur, entendre des lettres, répondre, prendre des décisions ; et chaque personne, chaque lettre, chaque action apporte son volume de désordre, de désharmonie et de désintégration. Et c'est comme si l'on vous versait ça en tombereaux sur la tête. Et il faut tenir le coup.
Là, quelquefois, ça devient très difficile. Il faut tenir le coup.
Quand on peut rester tranquille, silencieux, c'est bien, mais quand il faut prendre des décisions, entendre des lettres, répondre... Alors quand c'est trop à la fois et que les gens qui l'apportent, apportent en plus leur propre désordre, c'est quelquefois beaucoup.
Et c'est d'une nature si subtile que c'est incompréhensible pour les gens qui vous entourent ; ça paraît faire des embarras pour rien. Ce sont des choses que, dans leur inconscience, ils ne sentent pas du tout, du tout, du tout – il faut qu'il y ait des cris, des querelles et presque des batailles pour qu'ils s'aperçoivent qu'il y a du désordre !
Voilà.
Je n'avais pas l'intention de te raconter tout ça parce que c'est... ça ne sert à rien.
Agenda du 15 juin 1968
Puis il est question d'un ancien Entretien du 24 juin 1953
Tu dis : «Une maladie, c'est tout simplement, toujours, dans tous les cas, même quand les docteurs vous disent qu'il y a des microbes – dans tous les cas –, c'est un déséquilibre dans l'être : un déséquilibre entre divers fonctionnements, un déséquilibre entre les forces...»
Je ne sais pas, «un déséquilibre entre divers fonctionnements», cela a l'air d'être purement physique alors, si tu dis cela. J'ai l'impression qu'il manque quelque chose pour dire que c'est un déséquilibre dans l'être psychologique ou dans le fonctionnement PSYCHOLOGIQUE ?
(long silence)
Depuis quelques jours, et ça va en s'installant de plus en plus, il y a une impression que la santé ou la maladie, c'est un choix (je simplifie l'expression). Un choix de chaque minute. En tout cas, pour ce corps, c'est comme cela.
C'est abdiquer vis-à-vis du fonctionnement général de la substance physique et du corps et avoir des maladies, dont on guérit ou dont on ne guérit pas suivant... d'autres lois que les lois physiques. Mais à chaque minute – à chaque minute –, il y a la possibilité du choix de la conscience véritable, ou il y a, oui, un désordre ou un déséquilibre. C'est quelque chose qui ne peut pas suivre le mouvement d'harmonie progressive, ou même quelquefois qui ne veut pas. Je parle des cellules et des groupements de cellules.
Le plus souvent, c'est une sorte de paresse, quelque chose qui ne veut pas faire l'effort, pas prendre la résolution : laisser la responsabilité à d'autres. En anglais, je dirais que c'est the remnant, les déchets de l'Inconscient. C'est une sorte de veulerie (geste d'aplatissement) qui accepte une loi générale impersonnelle : on barbote dans la maladie.
Et à chaque minute, en réponse à cela, dedans, il y a le sens de l'attitude vraie, qui se traduit avec une grande simplicité dans les cellules : «Il y a le Seigneur qui est le Maître tout-puissant.» Quelque chose comme cela. «Ça dépend entièrement de Lui. Si l'on veut faire une soumission, c'est à Lui qu'on se soumet.» Mais je fais des phrases, et pour elles, ce ne sont pas des phrases. C'est un tout petit mouvement qui se traduit par la répétition du mantra ; alors le mantra est plein – plein de force – et immédiatement, la soumission : «Que Ta Volonté soit faite», et une tranquillité – une tranquillité lumineuse –, et on voit qu'il n'y avait absolument aucune nécessité impérative à être malade ou à ce que le déséquilibre se produise.
Le phénomène se reproduit DES CENTAINES de fois par jour, pour de toutes petites choses.
Et alors, cela donne de plus en plus l'impression de l'irréalité – l'irréalité foncière – des maladies. C'est ce que je dis là : c'est seulement un déséquilibre. C'est l'habitude de s'en remettre à une sorte de volonté collective impersonnelle de la Nature la plus matérielle qui arrange les choses DANS LEUR APPARENCE.
Ça, c'est le genre de travail qui se fait en ce moment, ces jours-ci : tout le temps, tout le temps, tout le temps. Le seul moment où ça ne se fasse pas, c'est quand je vois des gens, parce que quand je vois des gens, il n'y a plus qu'une chose : la Présence du Seigneur, et les plonger dans ce bain de Seigneur. Ça, ça continue et c'est toujours là. Ce qui fait que même si, avant, il y avait une difficulté, une lutte, un conflit entre les deux états et une volonté de tenir bon, ça s'en va à ce moment-là, parce que le travail n'est pas cela : le travail est de plonger tous ceux qui s'approchent dans la Présence – la Présence immuable, constante, active... proche.
Agenda du 26 février 1969
(Mère tend une note au disciple)
«Ne jugez jamais sur les apparences, encore moins sur les racontars...
Voilà. Et puis il y avait tout un ensemble... Je ne sais pas comment dire ; ce ne sont pas des phrases, mais c'est une sorte de connaissance que, naturellement, les jugements sont basés plus ou moins consciemment sur la morale dans laquelle on a été éduqué et la morale du pays dans lequel on vit. Alors j'ai mis :
«Ce qui est moral dans un pays, est immoral dans un autre...
C'est un fait. Et voilà la fin :
«Le service du Divin exige une sincérité d'abnégation inconnue à toute morale.»
C'est vrai, il n'y a pas de morale, il n'y a pas de religion qui ait cela ! on n'a jamais osé dire cela aux gens. Je n'avais pas remarqué cela, cette occasion me l'a fait remarquer.
Tu veux dire que cette abnégation comporte aussi un abandon de tous les principes de morale ?
Oui, naturellement. Mais c'est surtout cela, la morale n'a jamais dit : «Vous ne devez pas rapporter les choses à vous.» Elle a dit : «Vous ne devez pas être égoïstes, vous devez être bons...», tout cela, mais jamais on n'a critiqué ce sens d'un moi qui existe séparé des autres, nulle part, tandis que l'attitude vraie exige cela.
Tout cela est venu très clairement – ça vient comme des espèces de «tableaux», je ne sais pas comment dire... et si clair ! Et puis ça venait et ça revenait, et puis j'essayais de le chasser, et puis encore ça revenait, jusqu'à ce que je l'écrive. Quand je l'ai écrit, ça m'a laissée tranquille.
Ces moralistes s'imaginent qu'ils sont «en dehors», en dehors de la déchéance des «autres», alors qu'ils sont dans la même gadoue que tous les autres !
(Mère rit) Naturellement ! oh ! les moralistes se croient des gens très supérieurs.
Mais si on gratte un peu, ce n'est pas joli.
Oui, c'est exactement la même chose.
Agenda du 10 septembre 1969
Je n'ai rien à dire.
Mon corps a des expériences extraordinaires, mais ça ne peut pas se dire... C'est comme si on lui montrait dans toutes sortes de circonstances – d'innombrables circonstances –, comment on va vers la mort et comment on va vers la vie : tout-tout, tu comprends, toutes les parties du corps, tous les organes, toutes les activités, l'une après l'autre – impossible à dire. On ne peut pas en parler.
C'est intéressant.
Mais ce corps a été curieusement bâti, parce que chaque fois qu'il est en rapport extérieurement avec la méchanceté, c'est-à-dire la volonté de nuire, la volonté de détruire, la volonté de faire du mal, il ne comprend pas, et alors ça lui donne... tu sais, comme une espèce de chagrin d'enfant : «Comment est-ce possible ?...» Et je vois que c'est utilisé pour un certain travail, mais...
Et il y a aussi tout un petit enseignement de chaque minute pour les différentes façons de recevoir les sensations (corporelles, n'est-ce pas), comme l'enseignement que l'on vous donne quand on fait le yoga : l'attitude vis-à-vis de toutes les pensées, les réactions, les sentiments, toutes les choses ; on apprend à avoir l'attitude vraie (tout cela, c'est du passé) ; eh bien, on donne au corps le même enseignement de détail : l'attitude à prendre vis-à-vis de toutes les sensations – toutes les sensations, tous les événements, tout ce qui arrive, tous les contacts.
Et c'est un travail minutieux, de détail.
Et puis, accompagné d'une attitude générale ; mais l'attitude générale, il l'a prise, c'est une affaire faite – c'est le working out [mise en pratique], c'est-à-dire le travail minutieux de chaque minute... Ce n'est pas intéressant. Ce n'est intéressant que pour lui ; et encore, ça ne le passionne pas – c'est quelque chose de minutieux, un travail minutieux. Les réactions vis-à-vis de l'attitude dans les actions (pas ce que les gens disent, pas cela), seulement leurs gestes, leurs attitudes, tout cela. Comment avoir la vraie attitude corporelle constante.
C'est un travail long, minutieux, sans... qui n'a rien de passionnant.
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Agenda du 4 juillet 1970
Il y a quelque chose que j'ai observé pour moi... Tu m'as dit, par exemple, l'autre jour, que la Force travaillait très activement dans mon corps, et tu me demandais : «Mais est-ce que tu ne sens pas ?» Et alors, il y a quelque chose que j'observe, c'est que j'ai l'impression de vivre constamment avec une espèce de conscience très solide et très forte de la Force qui est là, et j'ai l'impression que c'est cela qui me voile toutes les perceptions : tout est comme absorbé là-dedans1. Et ça m'empêche de sentir tout le reste.
1. On pourrait dire: coagulé là-dedans.
Moi aussi ! (Mère rit) C'est comme cela ! justement c'est comme cela : j'observais.
On parlait du psychique tout à l'heure ; je ne peux pas parler de psychique, je ne peux pas parler de choses matérielles ou vitales, parce que dès que je m'arrête une seconde, il y a cette Conscience qui est là, solide...
Oui-oui...
... Et tout le reste, je ne sais pas.
Exactement la condition ici (chez Mère).
Quand j'ai eu cette expérience pour le psychique (avec R), je me suis dit : «Où est-il, mon psychique ?...» Il est constamment actif, il est mêlé à tout, c'est lui qui parle ; quand les gens posent des questions, c'est à travers lui que je réponds... Mais je n'ai pas la «sensation» de sa présence.
Je crois que c'est quand l'identification est faite : ce n'est plus un être séparé, n'est-ce pas.
Oui, je m'inquiétais, je me demandais : est-ce quelque chose qui voile ?
Non ! Je crois que c'est quand l'identification avec la conscience physique est faite. Parce que ça a toujours été comme cela pour moi : de la minute où il y a eu l'union, après c'était fini, il n'y avait pas «être psychique et le reste»... C'est lui qui vivait.
Pourtant, je n'ai pas l'impression d'en être là... Mais enfin, je ne sais pas où j'en suis, à vrai dire... Parce que dès que je m'arrête un tout petit peu, c'est puissant, là, c'est solide, et...
Oui-oui.
Et puis, il n'y a que «ça».
Oui, c'est ça, il n'y a que ça.
Mais, n'est-ce pas, plus l'identification avec l'être véritable se fait, moins on a le sentiment d'exister, d'être quelqu'un.
Oui.
Le corps lui-même en est arrivé là, il a une grande difficulté à se sentir une existence séparée, (riant) et le plus curieux c'est que c'est seulement (Mère touche sa joue), seulement quand il souffre. Par exemple, j'ai constamment mal aux dents, ici (Mère désigne la bouche et la gorge : comme je te l'ai dit, cette région-là), et c'est ça, c'est seulement cela qui me donne l'impression d'être «mon corps». Il ne se sent pas séparé. Alors je crois que ça, c'est la condition naturelle pour le développement normal.
N'est-ce pas, l'impression que l'on «sent» d'une certaine manière, que l'on «pense» d'une certaine manière, tout cela est complètement disparu : on reçoit des indications – quelquefois, de comment telle personne sent et telle autre réagit –, mais c'est quand il y a un travail à faire, c'est une indication, et c'est une chose qui se passe là, comme cela (geste à la périphérie, à une distance), ce n'est pas au-dedans.
Non, j'ai regardé plusieurs fois : j'ai toujours eu l'impression que ça allait bien (je veux dire pour toi), que le progrès était tout à fait bien. Tu es en route. Ça va. Et je trouve un grand changement... Ce n'est qu'un coin, peut-être du mental spéculatif, qui a encore son attitude à lui : ça, assez haut dans le mental (pas un mental ordinaire, un mental... geste là-haut). Mais ce n'est rien.
(silence)
Mais c'est même curieux, on pourrait dire comme cela : c'est seulement à peu près cette partie-là (de la joue au menton) qui est consciente de comment sont les gens et de ce qui vient d'eux, et qui a encore des réactions que l'on pourrait appeler «personnelles». C'est-à-dire que si l'atmosphère est troublée, eh bien, il y a du désordre (dans cette partie de Mère), c'est soumis (au désordre extérieur), et ça semble être la seule partie. Autrement, tout le reste est... c'est comme baigné-baigné constamment dans le Divin, et automatiquement tout va au Divin; et la Volonté divine (geste de descente et de diffusion à travers Mère) traverse et fait agir : automatiquement.
Et alors, il y a des moments où, pour une raison quelconque, le corps appelle (le mantra que je t'ai dit), et ça produit une... (geste de dilatation) tout d'un coup, toutes les cellules entrent en béatitude – ça ne dure qu'une minute (même pas une minute, mais quelques secondes), mais simplement le fait de dire ça, c'est la béatitude. Et après, tout reprend (geste indiquant le rythme normal).
C'est très intéressant.
Je crois (tu m'as dit l'autre jour qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas dans ton corps), je crois que dans les endroits qui ne sont pas encore en voie de transformation, il y a une augmentation, comme une concentration de la difficulté : on est plus malade à cet endroit-là.
Et la seule chose possible, c'est... (Mère ouvre les mains) la paix du surrender total, comme ça (geste absolument étal, vaste, immuable) : advienne que pourra. Voilà. Alors, ça va bien.
J'ai remarqué cela, si l'on peut établir à l'endroit qui ne va pas cette paix – une paix totale, n'est-ce pas, la paix du parfait surrender : on abdique toute préoccupation, toute aspiration, tout-tout-tout comme cela (même geste étal, immuable), alors ça aide à mettre de l'ordre.
(Mère prend les mains du disciple)
Ça va. Ça va.
Seulement, pour les gens qui ne savent pas cela, les apparences sont trompeuses : ils se sentent plus malades, ils ont des attaques, des choses comme cela. Et alors ils ne comprennent plus.
(long silence)
J'ai eu l'expérience – d'innombrables fois – que quand le corps peut attraper cette attitude (complète, n'est-ce pas, même par-delà l'aspiration à l'union ou à la transformation : c'est COMME CELA – même geste étal), c'est presque miraculeux, instantané. Mais ça revient avec le mauvais mouvement. Ce n'est pas établi d'une façon permanente – qu'est-ce qu'il faut pour y arriver ? Je ne sais pas... Probablement qu'il n'y ait plus la présence, nulle part, de la possibilité du mauvais mouvement. Mais c'est difficile…
On respire, on mange, on... c'est le Divin.
Si l'on racontait en détail ce qui se passe, c'est absolument merveilleux !... Par exemple, en mangeant, quand le corps garde son attitude vraie et la perception de la Présence divine en toute chose, et naturellement dans ce qu'il absorbe, et qu'il l'absorbe automatiquement avec cette attitude et qu'il n'y a pas de contradiction, tout se passe sans aucune difficulté. Et c'est au point que si l'attitude se «détériore» (quoi que ce soit), ça peut aller jusqu'à... (geste d'étouffement) avaler de travers, comme cela, en l'espace de quelques secondes.
C'est évidemment une période de transition, mais combien de temps elle durera ? Je ne sais pas... L'harmonie du fonctionnement devient... miraculeuse – miraculeuse. Seulement ce n'est pas automatique, ça dépend encore de l'attitude. Ce n'est pas une chose qui s'impose : c'est une conséquence.
(long silence)