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Sri Aurobindo – La Synthèse des Yogas

Livre 1 – Le Yoga des Œuvres divines

Extraits du chapitre 1 – Les quatre aides

Le Shâstra suprême du yoga intégral est le Véda éternel caché dans le cœur de tout être vivant et pensant. Le lotus de la connaissance et de la perfection éternelles est un bouton fermé et replié en nous. Il s’ouvre rapidement ou graduellement, pétale après pétale, par des réalisations successives, dès que l’intelligence de l’homme se tourne vers l’Éternel et que son cœur, n’étant plus comprimé et confiné par l’attachement aux apparences finies, s’éprend, à quelque degré que ce soit, de l’Infini. Toute vie, toute pensée, toute énergie issue de nos facultés, toute expérience passive ou active, deviennent dès lors autant de chocs qui brisent les téguments de l’âme et suppriment les obstacles à son inévitable efflorescence.

Celui qui choisit l’Infini a été choisi par l’Infini. Il a eu un premier contact avec le divin, sans lequel il n’est pas d’éveil, pas d’ouverture de l’esprit ; mais une fois reçu, l’accomplissement est certain, soit par une conquête rapide au cours d’une seule vie humaine, soit par une poursuite patiente à travers les nombreux stades du cycle de l’existence dans l’univers manifesté.

Rien ne peut être appris à l’intelligence qui ne soit déjà secrètement connu en puissance dans l’âme qui s’épanouit. De même, toute la perfection dont l’homme extérieur est capable n’est que la réalisation de l’éternelle perfection de l’Esprit qui est en lui. Nous connaissons le Divin et devenons le Divin parce que nous sommes déjà Cela dans notre nature intime. Tout enseignement est une révélation, tout devenir un dévoilement. La découverte de soi est le secret ; la connaissance de soi et une conscience toujours plus large sont le moyen et le procédé.

L’intermédiaire habituel de cette révélation est le Mot, cela qui est entendu (shruta). Le Mot peut venir à nous du dedans ; il peut venir aussi du dehors. Mais dans les deux cas, il sert seulement à rendre active la connaissance cachée en nous. La parole intérieure peut être celle de l’âme au-dedans qui est toujours ouverte au Divin, ou celle de l’Instructeur universel qui demeure secrètement dans le cœur de chacun.

Il est des cas exceptionnels où nul autre que Lui n’est nécessaire, car tout le reste du yoga se déploie sous le contact constant de ce Guide intérieur   : le lotus de la connaissance s’ouvre au-dedans par le pouvoir du rayonnement resplendissant de Celui qui a établi sa demeure dans le lotus du cœur. Ils sont grands autant que rares, en vérité, ceux à qui suffit ainsi la connaissance intérieure et qui peuvent se passer de l’influence dominante du livre écrit ou de l’instructeur vivant.

Il y a deux ou trois semaines, j'ai eu une micro expérience de quelques secondes qui illustrent cela. Dans l'immensité de ce yoga, l'un des aspects qui m'intéressent le plus est la connaissance, la connaissance du Divin, la connaissance de soi, de la vérité de son être, et depuis des années, pour moi, la connaissance, c'est là-haut, en se concentrant au sommet de la tête, c'est l'ouverture aux plans de conscience supérieurs, à l'Infini, etc. La concentration dans le cœur, vers le psychique, c'est pour autre chose, l'amour, la joie. C'était ma façon habituelle de penser et de comprendre.

Et puis, dans une intériorisation, je me suis demandé si la connaissance ne pouvait pas venir du psychique. Alors instantanément, il y a eu la sensation... comme un soleil de gloire en plein cœur de la poitrine. Cela n'a duré qu'une seconde... et ce qui est très étonnant avec les expériences, c'est que quelques secondes plus tard, je n'y pensais même plus : j'ai tout oublié et ce n'est qu'à l'instant, en lisant ce passage le lotus de la connaissance s’ouvre au-dedans par le pouvoir du rayonnement resplendissant de Celui qui a établi sa demeure dans le lotus du cœur que ma micro expérience me revient en mémoire. 

Cette faculté d'oublier les expériences me laisse songeur... à moins qu'il ne s'agisse d'autre chose, d'une attitude erronée de la conscience qui interrompe l'expérience – par exemple, le désir de s'en emparer.  

Et puis, j'ai remarqué que souvent les expériences arrivent quand il y a une demande, comme ça, naturelle et spontanée, presque sans même y penser... Alors que, lorsqu'il y a une intensité de concentration et d'aspiration, ça peut venir, quelque chose peut se passer, mais comme c'est laborieux... 

Revenons au texte de Sri Aurobindo !

(...)

Chacune des trois voies, ou trimârga2, se divise en de nombreux sentiers latéraux qui se rejoignent tous au but. La connaissance générale sur laquelle le yoga s’appuie, est fixe, mais il faut que l’ordre, la succession, les procédés et les formes puissent varier, car les impulsions et les besoins particuliers de chaque nature individuelle doivent être satisfaits, même si les vérités générales demeurent inébranlables et constantes.

2. La triple voie de la Connaissance, de la Dévotion et des Œuvres. (Note de Sri Aurobindo)

Plus que tout autre, un yoga intégral et synthétique exige de n’être lié par aucun Shâstra, écrit ou traditionnel, car tout en embrassant la connaissance reçue du passé, il cherche à l’organiser nouvellement pour le présent et pour l’avenir. Une liberté absolue d’expérience et de formulation de la connaissance en des termes neufs et des combinaisons neuves, est la condition de sa formation. S’efforçant d’embrasser la vie entière, sa position n’est pas celle d’un pèlerin qui suit la grand-route vers sa destination, mais, sur ce point tout au moins, d’un pionnier qui fraie son chemin dans la forêt vierge. Car depuis longtemps le yoga s’est éloigné de la vie, et les systèmes anciens qui ont essayé d’inclure la vie tels ceux de nos ancêtres védiques, sont très loin de nous; ils sont exprimés en des termes qui ne nous sont plus accessibles, coulés en des formes qui ne sont plus applicables. Depuis lors, l’humanité a fait du chemin sur le courant du temps éternel, et, bien que le problème reste le même, le point de départ doit être nouveau.

Par ce yoga intégral, nous ne cherchons pas seulement l’Infini   : nous appelons l’Infini à se déployer lui-même dans la vie humaine. C’est pourquoi le Shâstra de notre yoga doit donner une liberté infinie à l’âme humaine réceptive. La vraie condition d’une vie spirituelle complète en l’homme est de permettre à l’individu d’adapter librement le mode et la façon dont il accueille en lui-même l’Universel et le Transcendant.

Vivékânanda faisait remarquer que l’unité de toutes les religions devait nécessairement se traduire en des formes toujours plus riches et plus variées, et il déclara même un jour que cette unité profonde trouverait sa perfection lorsque chaque homme aurait sa propre religion et que, n’étant plus lié par aucune secte ni aucune forme traditionnelle, chacun suivrait librement le mouvement d’adaptation de sa nature dans ses rapports avec le Suprême. De même, on peut dire que la perfection du yoga intégral sera atteinte quand chaque homme sera capable de suivre son propre chemin de yoga et de poursuivre le développement de sa propre nature dans son élan vers ce qui la transcende. Car la liberté est la loi finale et l’ultime accomplissement.

En attendant, certaines lignes générales doivent être tracées, qui pourront aider à guider la pensée et la pratique du sâdhak. Mais il faut autant que possible qu’elles prennent la forme de vérités générales, de déclarations générales de principes, de directives puissantes, mais très larges, qui orientent l’effort et le développement, plutôt que d’un système fixe que l’on doive suivre comme une routine. Tout Shâstra est le produit de l’expérience passée et une aide pour l’expérience future. C’est une aide, et aussi un guide partiel. Il dresse les poteaux indicateurs, fournit les noms des routes principales et des régions déjà explorées afin que le voyageur sache où il va et par quels chemins il avance.

Le reste dépend de l’expérience et de l’effort personnels, et du pouvoir du Guide.

🔥

Le développement de l’expérience et sa rapidité, son amplitude, l’intensité et le pouvoir de ses résultats, dépendent principalement, au début du chemin et pour longtemps, de l’aspiration et de l’effort personnels du sâdhak. Le processus du yoga consiste à tirer l’âme humaine de son état de conscience égocentrée ; absorbée par les apparences, soumise à l’attraction des choses, elle doit se tourner vers un état supérieur où le Transcendant et l’Universel peuvent se couler dans le moule individuel et le transformer.

Par conséquent, le premier élément déterminant de la siddhi est l’intensité du changement d’orientation, la force qui tourne l’âme vers le dedans. La puissance d’aspiration du cœur, la force de la volonté, la concentration du mental, la persévérance et la détermination de l’énergie mise en œuvre, donnent la mesure de cette intensité. Le sâdhak idéal doit pouvoir dire à la façon biblique   : «   Le zèle du Seigneur me dévore.   » Et c’est ce zèle pour le Seigneur, utsâha — le zèle de la nature entière pour sa fin divine, vyâkulatâ, l’ardeur du cœur à atteindre le Divin — qui dévore l’ego, brise les limitations de son moule étroit et mesquin, et le rend apte à recevoir largement et pleinement ce qu’il cherche, car ce qu’il cherche est universel et transcendant, et par conséquent dépasse ou surpasse la nature et le moi individuels même les plus vastes et les plus hauts.

Mais ce n’est là qu’un aspect de la force qui œuvre pour la perfection. Le processus du yoga intégral comporte trois étapes, qui ne sont pas nettement distinctes ni séparées, certes, mais dans une certaine mesure successives. D’abord, il faut au moins un premier effort de dépassement de soi qui permette d’établir le contact avec le Divin ; ensuite, il faut recevoir en soi-même Cela qui nous dépasse, Ce avec quoi nous cherchons à nous unir afin de transformer la totalité de notre être conscient ; enfin, il faut que notre humanité transformée devienne un centre divin dans le monde.

Tant que le contact avec le Divin n’est pas assez solidement établi, tant que l’identification, sâyujya, n’est pas suffisamment constante, l’effort personnel doit normalement prédominer. Mais à mesure que le contact s’établit, le sâdhak devient conscient d’une force qui n’est pas la sienne et qui œuvre en lui, une force qui transcende son effort et sa capacité égoïstes, et il apprend progressivement à se soumettre à ce Pouvoir et à lui abandonner la charge de son yoga. Finalement, sa force et sa volonté propres ne font plus qu’un avec le Pouvoir supérieur ; elles se fondent en la Volonté divine et en sa Force transcendante et universelle.

Le sâdhak s’aperçoit dès lors que c’est elle qui préside à la transformation nécessaire de son être mental, vital et physique, avec une sagesse impartiale et une efficacité providentielle dont l’ego, avide et intéressé, est incapable.

Quand cette identification, cette fusion sont complètes, le centre divin dans le monde est prêt. Purifié, libéré, plastique, illuminé, il peut commencer à devenir un moyen d’action directe du Pouvoir suprême dans un yoga plus large, le yoga de l’humanité ou de la surhumanité, le yoga du progrès spirituel de la terre ou de sa transformation.

Arrêtons nous un instant sur cet extraordinaire pouvoir d'identification, clé de la connaissance par identité. 

Vous savez, la seule façon de connaître le Divin, c'est de s'identifier à Lui. Il n'y en a pas d'autre, il n'y en a qu'une, une seule manière.

La Mère –  12 août 1953

Dans un article précédent, j'ai partagé deux courts extraits de Mère sur le sujet, c'est peut-être l'occasion de les revoir. 

Lien vers l'article

La première étape pour apprendre à nous identifier au Divin est peut-être d'apprendre à nous désidentifier de notre ego mental, vital et corporel. ni la compréhension, ni la méthode pratique ne sont encore très claires ou très évidentes. Il nous faut encore expérimenter. 

Dans le paragraphe suivant, Sri Aurobindo en vient à décrire la nature de notre ego : les douches froides, cela fait du bien de temps en temps !  

En fait, c’est toujours le Pouvoir supérieur qui agit. Nous avons le sentiment d’une aspiration et d’un effort personnels, mais c’est notre mental égoïste qui cherche de manière fausse et imparfaite à s’identifier aux opérations de la Force divine. Il s’obstine à vouloir appliquer aux expériences supranormales les termes mentaux ordinaires qu’il applique à ses expériences normales du monde.

Dans le monde, toutes nos actions ont l’ego pour origine ; nous nous imaginons que les forces universelles qui œuvrent en nous sont nôtres, nous revendiquons comme un effet de notre volonté et de notre sagesse, de notre force, de notre vertu personnelles, le choix, la formation et le progrès accomplis par le Transcendant dans le cadre de notre mental, de notre vie et de notre corps.

L’illumination nous apporte la connaissance que l’ego n’est qu’un instrument ; nous commençons à percevoir et à sentir que ces choses sont «   nôtres   » en ce sens qu’elles appartiennent à notre Moi suprême et intégral qui est un avec le Transcendant, et non à notre ego instrumental. Nos limitations et nos déformations sont notre contribution au travail ; le vrai pouvoir en lui est le Pouvoir du Divin.

Quand l’ego humain reconnaît que sa volonté est un outil, sa sagesse une ignorance et un enfantillage, son pouvoir un tâtonnement d’enfant, sa vertu une prétentieuse impureté, et qu’il apprend à se confier à Cela qui le transcende, c’est pour lui le salut.

L’apparente liberté et l’indépendance de cet être personnel auquel nous sommes si profondément attachés, cachent la plus pitoyable sujétion à un millier de suggestions, d’impulsions et de forces que nous avons rendues étrangères à notre petite personne. Notre ego, qui se vante de sa liberté, est à chaque instant l’esclave, le jouet et le pantin d’innombrables êtres, puissances, forces et influences de la Nature universelle. En abdiquant et en s’unissant au Divin, l’ego s’accomplit ; en se soumettant à Cela qui le transcende, il s’affranchit de l’esclavage et des limites et trouve sa parfaite liberté.

Mais au cours de notre développement, chacune de ces trois étapes a sa nécessité et son utilité, et il faut à chacune donner son temps et sa place. Il ne serait pas bon, ni sûr ni efficace, de commencer seulement par la dernière et la plus haute. Sauter prématurément de l’une à l’autre ne serait pas non plus la bonne voie, car même si, dès le commencement, nous reconnaissons le Suprême dans notre mental et dans notre cœur, il reste des éléments de notre nature qui pendant longtemps empêchent cette reconnaissance de devenir une réalisation. (…) Il est une période plus ou moins longue d’effort intérieur et de lutte pendant laquelle la volonté individuelle doit rejeter activement l’obscurité et les déformations de la nature inférieure et se ranger résolument ou impétueusement du côté de la Lumière divine.

Il faut amener les énergies mentales, les émotions du cœur, les désirs vitaux et même l’être physique à prendre l’attitude juste ou les habituer à admettre les bonnes influences et à ne répondre qu’à elles.

Il faut donc que ce travail soit réellement accompli pour que la soumission de l’inférieur au supérieur devienne possible, car alors seulement le sacrifice est acceptable.

Ici, il convient de rappeler que le mot sacrifice a un sens tout à fait différent de celui qui lui est attribué dans le langage courant. Il s'agit du don de soi au Divin, de l'offrande de tout ce que l'on a et de tout ce que l'on est au Divin.  

La volonté personnelle du sâdhak doit commencer par se saisir des énergies égoïstes et les tourner vers la lumière et le vrai ; mais il faudra ensuite qu’il leur apprenne à toujours reconnaître cela, toujours accepter, toujours suivre cela ; et puis, à mesure qu’il progresse, et en se servant encore de la volonté, des énergies et de l’effort personnels, à les employer comme des représentants du Pouvoir supérieur, obéissant consciemment à son Influence.

Quand il progressera encore davantage, sa volonté, son effort et son énergie ne seront plus personnels ni séparés, mais des activités de ce Pouvoir et de cette Influence supérieurs qui œuvreront en lui. Pourtant, il restera encore une sorte de gouffre ou de distance qui rendront nécessaires un obscur processus de transmission, pas toujours exact, parfois même très déformant, entre l’Origine divine et le courant humain qui émerge. Au terme du développement, avec la disparition progressive de l’ego, de l’impureté et de l’ignorance, cette dernière séparation s’efface et tout dans l’individu devient une œuvre divine.

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De même que le suprême Shâstra du yoga intégral est le Véda éternel caché dans le cœur de tout homme, de même son guide et instructeur suprême est le Guide intérieur, l’Instructeur du monde, jagad-guru, caché en nous. C’est lui qui détruit notre obscurité par la lumière resplendissante de sa connaissance ; cette lumière devient en nous la gloire croissante de sa révélation. Progressivement, il dévoile en nous sa nature de liberté, de béatitude, d’amour, de pouvoir, d’existence immortelle. Il met devant nous l’idéal de son exemple divin et transforme l’existence inférieure en une réflexion de ce qu’elle contemple. En infusant en nous son influence et sa présence, il rend l’individu capable de parvenir à l’identité avec l’Universel et le Transcendant.

Quelle est sa méthode, son système ? Il n’a pas de méthode et il a toutes les méthodes. Son système est une organisation naturelle des processus et des mouvements les plus hauts dont la nature soit capable ; il s’applique aux détails les plus infimes et aux actions apparemment les plus insignifiantes avec autant de soin et de minutie qu’aux plus grandes, et il finit par tout soulever dans la Lumière et tout transformer. Car dans ce yoga, rien n’est trop petit pour être utilisé et rien n’est trop grand pour être tenté. De même que le serviteur et disciple du Maître ne doit pas avoir d’orgueil ni d’égoïsme car tout est fait pour lui d’en haut, de même il n’a aucun droit de se décourager à cause de ses insuffisances personnelles ou des trébuchements de sa nature. Car la Force qui travaille en lui est impersonnelle — ou supra-personnelle — et infinie.

Reconnaître pleinement ce Guide intérieur, Maître du yoga, lumière et seigneur de tous les sacrifices, but de tous les efforts, est d’une importance capitale sur le chemin de la perfection intégrale. Peu importe que nous le considérions tout d’abord comme une Sagesse, un Pouvoir, un Amour impersonnels derrière toute chose, comme un Absolu se manifestant dans le relatif et attirant à lui le relatif, comme notre Moi suprême et comme le Moi suprême de tout, comme une Personne divine en nous et dans le monde, sous l’un des innombrables noms et l’une des innombrables formes de Lui (ou Elle), ou comme un idéal conçu par le mental. À la fin, nous percevons qu’il est toutes ces choses et plus qu’elles toutes réunies. La porte mentale par laquelle nous nous approchons de lui, doit nécessairement varier suivant l’évolution passée et la nature présente de chacun.

Puisque le Guide intérieur est caché dans notre cœur, si nous ne l'avons pas encore découvert, cela signifie que nous ne connaissons pas encore notre propre cœur. Nous pouvons connaître des tas de choses en ce monde mais nous ne connaissons toujours pas l'Essentiel. On peut dire ce que l'on veut, faire toutes les pirouettes possibles, tant que nous ne L'aurons pas découvert, nous serons toujours dans cette douloureuse ignorance.  

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Le Guide intérieur est souvent voilé au début par l’intensité même de notre effort personnel et parce que l’ego est préoccupé de lui-même et de ses propres fins.

Dès la première phrase de ce paragraphe, il convient de s'arrêter un instant. En effet, ce que Sri Aurobindo vient de nous dire semble contradictoire avec ce qu'il nous disait au début de ce chapitre : 

Par conséquent, le premier élément déterminant de la siddhi est l’intensité du changement d’orientation, la force qui tourne l’âme vers le dedans. La puissance d’aspiration du cœur, la force de la volonté, la concentration du mental, la persévérance et la détermination de l’énergie mise en œuvre, donnent la mesure de cette intensité. Le sâdhak idéal doit pouvoir dire à la façon biblique   : «   Le zèle du Seigneur me dévore.   »

Ainsi, presque, nous pourrions dire l'intensité est un moyen, l'intensité est un obstacle...

Souvent dans cet extraordinaire yoga, nous sommes face à ces extraordinaires paradoxes. Il y a même le souvenir d'un Agenda où Mère explique que la vibration divine peut produire aussi bien un résultat miraculeux qu'une épouvantable catastrophe, selon la façon dont elle est reçue. 

Même sans aller jusqu'à cette extrémité, la remarque de Sri Aurobindo rejoint cette prière de Mère du 5 décembre 1912 :

Dans la Paix et le Silence, l’Éternel se manifeste ; ne permets à aucune chose de te troubler et l’Éternel se manifestera ; sois parfaitement égal en face de tout et l’Éternel sera là … Oui, il ne faut pas mettre trop d’intensité ni trop d’efforts à Te chercher ; cette intensité et ces efforts sont un voile devant Toi ; il ne faut pas désirer Te voir, c’est encore de l’agitation mentale qui obscurcit Ton Éternelle Présence. C’est dans la Paix, la Sérénité, l’Égalité la plus complète que tout est Toi comme Tu es tout, et la moindre vibration dans cette atmosphère parfaitement pure et calme est un obstacle à Ta manifestation. Pas de hâte, pas d’inquiétude, pas de tension ; Toi, rien que Toi, sans analyse ni objectivation, et Tu es là sans aucun doute possible, car tout devient Paix Sainte et Silence Sacré.

Et cela est mieux que toutes les méditations du monde.

Maintenant, il doit y avoir un moyen d'associer les contraires, d'intensifier notre aspiration, sans pour autant nous départir du calme et de la paix intérieurs. Fermons cette parenthèse et revenons à Sri Aurobindo.  

Mais à mesure que nous gagnons en clarté et que le tourbillon de l’effort égoïste cède la place à une plus calme connaissance de soi, nous reconnaissons la source de la lumière qui grandit en nous. Nous la reconnaissons rétrospectivement en découvrant comment tous nos mouvements obscurs et contradictoires étaient dirigés vers une fin que nous commençons seulement à percevoir, et comment, avant même notre entrée sur le chemin du yoga, l’évolution de notre vie était délibérément conduite vers ce tournant décisif. Car maintenant, nous commençons à comprendre le sens de nos luttes et de nos efforts, de nos succès et de nos échecs. Nous sommes enfin capables de saisir la raison de nos épreuves et de nos souffrances et nous pouvons apprécier l’aide qui nous a été donnée par tout ce qui nous a résisté et nous a blessés, et l’utilité de nos défaillances et même de nos chutes.

Nous en venons ensuite à reconnaître la direction divine, non plus rétrospectivement mais immédiatement, dans le modelage de nos pensées par un Voyant transcendant, de notre volonté et de nos actes par un Pouvoir qui embrasse tout, de notre vie émotive par une Béatitude et un Amour qui attirent tout, assimilent tout. Nous la reconnaissons aussi dans une relation plus personnelle, qui nous a touchés dès le début ou nous saisit à la fin ; nous sentons la présence éternelle du Maître, de l’Ami, du Bien-Aimé, de l’Instructeur suprême.

Nous la reconnaissons dans l’essence de notre être à mesure que se développent sa ressemblance et son unité avec une existence plus grande et plus large ; car nous percevons que ce développement miraculeux n’est pas le résultat de nos propres efforts   : une Perfection éternelle nous façonne à son image. Celui qui est le Seigneur ou l’Îshwara des philosophies yoguiques, le Guide dans l’être conscient, chaïtyaguru ou antaryâmin, l’Absolu du penseur, l’Inconnaissable de l’agnostique, la Force universelle du matérialiste, l’Âme suprême et la suprême Shakti, l’Un à qui les religions donnent des formes et des noms différents, celui-là est le Maître de notre yoga.

Arrêtons-nous un instant pour attirer l'attention sur un autre aspect. Les mots que nous choisissons ont leur importance car chacun est porteur d'une vibration particulière. Plus haut dans le texte, Sri Aurobindo évoque le jagad-guru pour l'nstructeur suprême, Guide intérieur, l’Instructeur du monde caché en nous. Dans les Lettres sur le Yoga, Sri Aurobindo nous dit : nous avons adopté chaïtya pourousha comme équivalent sanskrit de l'être psychique. Mais je n'avais jamais entendu les mots chaïtyaguru et antaryâmin. Voici ce que j'ai trouvé sur le site yogapédia.com

Antaryami est un terme sanskrit qui signifie « témoin intérieur » ou « celui qui contrôle de l'intérieur ». Il peut désigner le Soi supérieur ou la puissance divine résidant au sein de l'âme individuelle. Ce mot est dérivé du sanskrit antar, qui signifie « interne », « à l'intérieur » ou « intérieur », et ayami , qui signifie « retenu ».

Antaryami est parfois utilisé pour désigner Dieu présent au sein de toute la création. Cet aspect de Dieu est également appelé la Super-âme et le Paramatman (Âme universelle ou éternelle).

Sauf erreur de ma part, Sri Aurobindo parlait parfois d'une Sur-âme. La connaissance de ces quelques mots sanskrits peut apporter quelque chose. 

Voir, connaître, devenir et réaliser cet Un dans notre être intérieur et dans toute notre nature extérieure, a toujours été le but secret de notre existence dans un corps, et devient maintenant notre objectif conscient. Être conscient de lui dans toutes les parties de notre être, et dans tout ce que le mental séparateur considère comme extérieur à notre être, tel est le couronnement de la conscience individuelle. Être possédé par lui et le posséder en nous-mêmes et en toutes choses, est le sommet de tout empire et de toute maîtrise. Goûter sa présence dans toutes les expériences, passives ou actives, dans la paix et dans le pouvoir, dans l’unité et dans la différence, telle est la joie que le jîva, l’âme individuelle manifestée dans le monde, cherche obscurément. Traduire en expérience personnelle la vérité que la Nature universelle a cachée en elle-même et qu’elle s’efforce de découvrir, telle est la définition complète du but du yoga intégral. C’est convertir l’âme humaine en une âme divine et la vie naturelle en une existence divine.

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Le plus sûr chemin de cet accomplissement intégral est de trouver le Maître du secret qui demeure en nous, de nous ouvrir constamment au Pouvoir divin, qui est aussi la Sagesse et l’Amour divins, et de nous en remettre à lui pour effectuer cette conversion.

Mais il est difficile pour la conscience égoïste de le faire si peu que ce soit au commencement. Et si elle le fait vraiment, il est encore plus difficile de le faire parfaitement et dans toutes les fibres de notre nature.

C’est difficile tout d’abord parce que nos pensées, nos sensations et nos sentiments sont habituellement égocentriques, ce qui a pour effet de bloquer les issues qui nous permettraient d’accéder à la perception nécessaire.

Wikipédia :

L’égocentrisme est caractérisé par une tendance à ramener tout à soi ; les personnes égocentriques se focalisent principalement sur leur propre intérêt, considèrent leur opinion comme la plus importante et se voient comme la personne à admirer, à suivre, et à défendre.

« Égocentrisme » est formé à partir de deux termes latins : ego (« moi ») et centrum (« aiguillon », « centre »). Étymologiquement, cela signifie donc « se prendre pour le centre du monde ».

Cette tendance à tout ramener à soi paraît, de tout juger par rapport à soi si naturelle, si instinctive... nos pensées, nos façon de voir, nos perceptions, nos ressentis, nos émotions, nos sensations... qu'il est difficile d'envisager qu'il puisse même être possible de fonctionner autrement.

Pourtant, même mentalement, si l'on arrive à s'oublier un minimum, à ne plus focaliser notre attention sur le centre de l'ego, mais sur... par exemple, le Brahman, en tant que Conscience infinie, Omniprésence... tout de suite, cela fait une différence, et il est possible de ressentir un soulagement, ou une paix...

L'Agenda est une œuvre si riche et si monumentale que chacun y trouve les trésors qui conviennent le mieux à sa nature ou aux circonstances. Tout de même, il y a toute une série d'expériences qui tournent autour du fait de "ne plus être" qui sont tout à fait fascinantes.

Agenda du 26 novembre 1958

Au fond, l’immense majorité des hommes sont comme des prisonniers avec toutes les portes et toutes les fenêtres fermées, alors ils étouffent (ce qui est assez naturel), mais ils ont avec eux la clef qui ouvre les portes et les fenêtres, et ils ne s’en servent pas...

Certainement, il y a une période où ils ne savent pas qu’ils ont la clef, mais longtemps après qu’ils le savent, longtemps après qu’on le leur a dit, ils hésitent à s’en servir et ils doutent qu’elle ait le pouvoir d’ouvrir portes et fenêtres, ou même qu’il soit bon d’ouvrir les portes et les fenêtres ! Et même quand ils ont une impression que «après tout, ce serait peut-être bien», il reste une crainte : «Qu’est-ce qui va arriver quand ces portes et ces fenêtres seront ouvertes ?...» et ils ont peur. Ils ont peur de se perdre dans cette lumière et dans cette liberté. Ils veulent rester cil s’oubliee qu’ils appellent «eux-mêmes». Ils aiment leur mensonge et leur esclavage. Quelque chose en eux l’aime et y reste agrippé. Il leur reste l’impression que sans leurs limites, ils n’existeraient plus.

C’est pour cela que le trajet est si long, c’est pour cela qu’il est difficile. Parce que si, vraiment, on consentait à ne plus être, tout deviendrait si facile, si rapide, si lumineux, si joyeux – mais peut-être pas de la manière dont les hommes conçoivent la joie et la facilité. Au fond, il y a très peu d’êtres qui n’aiment pas la bataille. Il y en a très peu qui consentiraient à ce qu’il n’y ait pas de nuit, et qui ne conçoivent la lumière que comme l’opposé de l’obscurité: «Sans ombre, il n’y aurait pas de tableau. Sans lutte, il n’y aurait pas de victoire. Sans souffrance, il n’y aurait pas de joie.» Voilà ce qu’ils pensent, et tant que l’on pense comme cela, on n’est pas encore né à l’esprit.

🔥

Agenda du 19 mai 1961

C’est nuit et jour, et jour et nuit, quand je vois les gens, quand je ne les vois pas...

Quand je suis toute seule, alors c’est admirable ! Ce corps, dès qu’il est tout seul, oh !... c’est comme s’il fondait – comme cela, fondait. Il n’y a plus de limites, il est content : «Oh ! enfin, je peux ne plus être !» Et alors, vraiment – vraiment il s’oublie ; vraiment ça passe à autre chose.

il s’oublie 🔥

En cherchant bien, nous trouverions bien d'autres citations sur le sujet... Si nous apprenions à ne plus être égocentrique... et cela ne paraît pas si compliqué, au moins dans sa pensée, dans sa conscience, dans sa méditation, selon Sri Aurobindo, cela permettrait d'accéder à ce qu'il appelle a perception nécessaire. Mais si nous voulons vraiment aller au fond des choses, chaque réponse entraîne de nouvelles questions et encore faudrait-il savoir ce qu'il entend par perception nécessaire. Peut-être s'agit-il d'une perception vraie, non déformée, de la réalité, de la vérité des choses.

Terminons maintenant notre exploration. 

C’est difficile également parce que l’âme, enveloppée dans les brumes de l’ego, a du mal à trouver la foi, la soumission, le courage nécessaires pour suivre ce chemin. Le mental égocentrique n’aime pas, n’approuve pas la façon de faire du Divin ; car le Divin se sert de l’erreur pour atteindre la vérité, de la souffrance pour goûter la béatitude et de l’imperfection pour obtenir la perfection. L’ego ne voit pas où il est conduit ; il se révolte contre le guide, perd confiance, perd courage.

Ces défaillances ne sont pas si graves en soi, car le Guide intérieur divin n’est pas offensé par notre révolte, ni découragé par notre manque de foi, ni rebuté par notre faiblesse ; il a tout l’amour de la mère, toute la patience de l’instructeur. Mais en refusant notre assentiment à sa direction, nous perdons conscience de ses bienfaits, bien que nous ne perdions pas tous ses effets actuels, et certainement pas le résultat final.

Et nous refusons notre consentement parce que nous n’arrivons pas à distinguer notre Moi supérieur du moi inférieur à travers lequel il se révèle progressivement. En nous-mêmes, comme dans le monde, Dieu se cache à nos yeux, à cause de ses procédés, et surtout parce qu’il travaille en nous en se servant de notre propre nature et non par une suite de miracles arbitraires. L’homme réclame des miracles afin d’avoir la foi ; il veut être ébloui pour voir. Cette impatience, cette ignorance peuvent devenir la cause d’un grand danger et d’un désastre si, dans notre révolte contre la direction divine, nous invoquons une force dévoyée qui satisfait mieux nos impulsions et nos désirs, faisant d’elle notre guide et lui donnant le Nom Divin.

(…)

Le sâdhak du yoga intégral utilisera toutes ces aides suivant sa nature ; mais il doit absolument éviter leurs limitations et rejeter l’exclusivisme du mental égoïste qui proclame   : «   Mon Dieu, mon Incarnation, mon Prophète, mon Guru   », les opposant à toutes les autres réalisations dans un esprit sectaire ou fanatique. Tout sectarisme, tout fanatisme, doivent être repoussés, car ils sont incompatibles avec l’intégralité de la réalisation divine.

Ce piège-là, même les disciples de Sri Aurobindo-Mère peuvent y tomber. 

Au contraire, le sâdhak du yoga intégral ne sera pas satisfait tant qu’il n’aura pas inclus tous les autres noms et toutes les autres formes de la Divinité dans sa propre conception, tant qu’il n’aura pas vu sa propre Ishta Devatâ en chacune d’elles, pas unifié tous les Avatârs en Celui qui se manifeste en chaque Avatâr, et fondu la vérité de tous les enseignements dans l’harmonie de la Sagesse éternelle.

Il ne doit pas oublier non plus que le but de ces aides extérieures est d’éveiller son âme au Divin qui est en lui. Rien n’est pleinement accompli tant que cela n’est pas fait. Il ne suffit pas d’adorer Krishna, le Christ ou le Bouddha sous une forme extérieure, si le Bouddha, le Christ ou Krishna ne se révèlent pas et ne prennent pas forme en nous-mêmes. Et de même, toutes les autres aides n’ont pas d’autre but; chacune est un pont entre l’état humain non transformé et la révélation du Divin qui est en lui.

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L’Instructeur du yoga intégral suivra autant que possible la méthode de l’Instructeur intérieur. Il conduira le disciple suivant la nature même du disciple.

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L’exemple est plus puissant que l’enseignement ; mais ce n’est pas l’exemple de l’acte extérieur ni du caractère personnel qui ont le plus d’importance.

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L’influence est plus importante que l’exemple. L’influence n’est pas l’autorité extérieure de l’Instructeur sur son disciple, mais le pouvoir de son contact, de sa présence ; c’est le fait que son âme est proche de la nôtre et qu’il y infuse, même dans le silence, ce qu’il est et possède lui-même.

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Un autre signe par lequel on reconnaît l’Instructeur du yoga intégral, est qu’il ne s’arrogera pas le titre de Guru dans un esprit d’humaine vanité et de glorification. Son travail, s’il en a un, lui est confié d’en haut, lui-même n’étant qu’un canal, un réceptacle, un représentant. C’est un homme aidant ses frères, un enfant conduisant des enfants, une Lumière allumant d’autres lumières, une Âme éveillée qui éveille d’autres âmes, et, tout au plus, un Pouvoir ou une Présence du Divin appelant à lui d’autres pouvoirs du Divin.

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Le sâdhak qui dispose de toutes ces aides est sûr d’atteindre son but. Même une chute sera seulement pour lui un moyen d’ascension, et la mort, un passage vers l’accomplissement. Car une fois sur ce chemin, la naissance et la mort deviennent seulement des moyens pour le développement de son être et des étapes de son voyage.

Enfin, le temps est la dernière aide nécessaire à l’efficacité du processus. Le temps se présente à l’effort humain comme un ennemi ou un ami, comme une résistance, un intermédiaire ou un instrument. Mais toujours, il est vraiment l’auxiliaire de l’âme.

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L’attitude idéale du sâdhak vis-à-vis du temps est d’avoir une patience sans fin, comme s’il avait toute l’éternité devant lui pour atteindre son but, et pourtant de mettre en œuvre l’énergie qui réalise tout de suite avec une maîtrise toujours plus grande et une pression de plus en plus rapide, jusqu’à ce que cette pression arrive à la miraculeuse instantanéité de la Transformation divine suprême.

En conclusion

Nous avons-là, déjà énormément de connaissances et de pistes pour notre propre pratique, et ce n'est que le premier chapitre. Les paroles de Sri Aurobindo me font parfois penser à des hologrammes : une petite phrase, ou un petit groupe de phrase, et nous avons déjà tout un programme qui nous mène à la réalisation divine ; parfois, ses paroles donnent l'impression d'être comme une graine qui contient inévitablement l'information de son accomplissement.

Mots sanskrits – Glossaire du Journal du Yoga

Remarques :

1. Les paroles entre guillemets sont de Sri Aurobindo, les autres sont des traducteurs.

2. L'orthographe des mots sanskrits varie souvent d'un ouvrage à l'autre, ici notamment avec l'absence d'accents circonflexes, aussi avec une voyelle qui change ou une consonne en plus.

3. Tous les mots sanskrits de ce texte ne sont pas mentionnés dans le Glossaire

Avatara : incarnation divine; la "descente dans la forme" de la Divinité (deva, ishwara, purushottama), "lorsque la Conscience et le Pouvoir divins assument la forme humaine et son mode d'action, la Divinité les investit non seulement de sa grandeur, de ses pouvoirs et de ses différents degrés et facette apparents d'elle-même, mais aussi de sa connaissance divine éternelle", afin "de démontrer que le Divin peut se manifester dans l'être humain"... et "laisser l'influence de cette manifestation vibrer dans la nature terrestre, et l'âme de cette manifestation présider à son effort ascendant"; n'importe laquelle des dix incarnations de Vishnu décrites dans la tradition hindoue, considérée par Sri Aurobindo comme une "parabole de l'évolution".

Devata : divinité; un être d'un monde supérieur; n'importe lequel des êtres agissant sur divers plans comme intermédiaires de l'Ishwara

Guru : guide spirituel; "le Maître secret et universel qui se tient dans le cœur de chacun".

Ishta : choisi, désiré.

Ishwara : le Seigneur; l'Être suprême (purushottama) comme Seigneur, "Celui qui, Omniscient et Omnipotent, régit tout", et par son pouvoir conscient (shakti) "se manifeste dans le Temps et gouverne l'univers"; il règne sur sa propre création avec "une conscience absolue, percevant la vérité de toutes choses, conscient de sa propre Sagesse intégrale qui les élabore en fonction de leur vérité intrinsèque"; identifié à Krishna; l'âme individuelle (purusha ou jiva) maîtresse de sa propre nature. 

Sadhaka (sadhak) : celui qui pratique une sadhana.

Sadhana : discipline spirituelle; pratique du yoga; le processus ou la méthode menant au siddhi (accomplissement).

Shastra : connaissance systématique. Tout enseignement et science systématisés; le code moral et social; la science et l'art de la connaissance juste; le travail juste, la juste façon de vivre.

Shruti : audition; inspiration, une faculté de jnana. Shruti est "une audition de la vérité, une réception immédiate de la voix même de la vérité. Elle attire sans hésitation le verbe qui incarne parfaitement cette vérité et contient davantage que la lumière de l'idée qu'elle apporte; car elle capture le flot de sa réalité intime et l'intense afflux de sa substance".

Siddhi : succès; accomplissement; perfection, considérée non comme un état statique mais comme un mouvement en croissance s'accomplissant spontanément et automatiquement, vers une nature divine supérieure; accomplissement des buts de la discipline de soi par le yoga.

Utsaha : effort

Véda : connaissance, connaissance du Divin; le Livre de la connaissance, particulièrement le "Véda", un nom générique pour la plus ancienne littérature de l'Inde, le Rig-Véda, Yajur-Véda, Sama-Véda et Athara-Véda, chacun étant divisé en mantras et brahmanas. Le terme "Véda" est généralement réservé au mantra ou hymne métrique, particulièrement à ceux du Rig-Véda

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