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La menace que représente le projet de loi sur l'eutha-nazie et le suicide assisté est toujours présente : elle sera examinée au Sénat à l'automne avant de retourner à l'Assemblée Nationale pour adoption définitive. Il ne restera alors que Macron signe les décrets d'application et elle pourra entrer en vigueur.

Peu de gens encore sont au courant, les médias relayent très peu l'information, comme s'il était souhaitable que la population ne s'intéresse pas de trop près au sujet – même les soignants qui sont les premiers concernés sont encore très peu informés de l'existence de projet de loi.

Nous ne pouvons lutter contre quelque chose dont nous ignorons l'existence c'est une évidence, l'ignorance n'est jamais la solution : la première nécessité est donc de s'informer – et pour cela, Louis Fouché a crée une chaîne YouTube sur laquelle il reçoit des personnalités pour expliquer les dangers et pour tout dire... la perversité de ce projet de loi.

Maintenant, parmi tous les arguments rationnels évoqués dans ces vidés, il est rarement question des conséquences spirituelles du suicide. Dans un article précédent, je partageais cette première citation de Sri Aurobindo publiée dans le tome deux des Lettres à Dilip à la date du 18 octobre 1934 :

"L’idée de suicide est toujours un signe de ces formations asouriques. Comme tout le reste, elle est parfaitement irrationnelle, car après sa mort, celui qui se suicide traverse un enfer de détresse bien pire que ce qui est possible dans la vie, et lorsqu’il reprend naissance, il doit affronter les mêmes problèmes et difficultés que ceux qu’il a fuis, mais sous une forme plus aiguë et dans des circonstances moins favorables."

Et dans le même ouvrage, à la date du
7 avril 1935, j'ai trouvé une autre lettre assez bouleversante : on y découvre entre autre, presque avec stupéfaction, un Dilip en pleine révolte contre Sri Aurobindo lui-même, doutant même de son amour envers lui.

"Je dois vous rappeler votre promesse de ne pas céder au chagrin et au désespoir et de faire face à vos difficultés avec courage et patience. Le suicide n’est pas seulement une dérobade lâche et pusillanime, mais il est plus qu’inutile, puisque la même détresse continue après la mort, intensifiée dans la conscience qui ne peut penser à rien d’autre, et qu’on doit revenir sur terre et affronter les mêmes difficultés plus difficiles.

La Gîta n’a jamais affirmé que le suicide peut conduire au Nirvana, quelles que soient les circonstances ; la mort dont il est question est une mort naturelle ou yoguique, dans laquelle le mental est concentré avec foi et absorbé dans le Divin. Je suis certain que Ramakrishna non plus n’a jamais voulu dire que les derniers vœux d’un mourant étaient exaucés quelles que soient les circonstances de sa mort. On ne peut s’échapper par ce genre de sortie.

Je ne vois pas non plus comment vous pouvez dire que vous m’aimez et en même temps décider délibérément de me porter un pareil coup, ce que serait votre suicide. Et je ne parle pas de Maya et des autres, envers qui vous avez encore certaines obligations, et de ce que cela signifierait pour eux. Il est tout aussi étrange que vous pensiez que je serais disposé à recevoir votre propriété ou de l’argent offerts à un tel prix, ou encore de demander à Duraiswami son aide pour prendre de telles dispositions. Vous avez dû être très troublé par votre crise de désespoir pour ne pas voir cela.

Mis à part tout ceci, je dois vous presser de de pas vous laisser emporter par ces attaques obscures, avec leurs suggestions morbides. Si vous possédez la véritable aspiration au Divin, comme c’est sans aucun doute le cas dans votre âme, ce n’est pas en cédant à la faiblesse du vital que vous la montrerez, mais en persistant, quel que soit le temps que cela prendra et quelles que soient les difficultés, jusqu’à ce que ce soit accompli. Vous avez promis de le faire, et je vous rappelle de nouveau votre promesse.

Même le Nirvana ne peut être réalisé ainsi, mais seulement en s’élevant au-dessus de tous les autres désirs et attachements jusqu’à ce qu’on obtienne la libération et la paix suprêmes. Raman Maharshi lui-même vous dirait cela, et je suppose que vous le croire si vous n’arrivez pas à me croire, moi.

Il m’est difficile d’ajouter quoi que ce soit, puisque vous avez déclaré que mes paroles ne valaient rien et n’étaient pas justes et que toutes mes expériences étaient des illusions subjectives sans aucune valeur ni vérité. Je crois qu’on peut accuser ainsi toute expérience spirituelle ou intérieure d’être simplement subjective et trompeuse. Mais pour le chercheur spirituel, même la plus petite expérience intérieure a de la valeur. Je me bats pour la Vérité qui est en moi et je la défendrais même si elle n’avait pas la moindre chance de s’accomplir extérieurement dans cette vie. Je continuerais même si tous m’abandonnaient, me rejetaient et la dénonçaient au monde comme une illusion et une folie. Je ne me suis jamais dissimulé les difficultés de ce que j’ai entrepris, ce ne sont ni elles ni la menace d’échec qui pourront me dissuader.

J’espère cependant que vous surmonterez cette attaque et que vous verrez un jour les choses comme tous les chercheurs du Divin par le passé les ont considérées, à savoir que ce que l’on cherche est si précieux et si suprême qu’une vie tout entière d’effort, si ardu et douloureux soit-il, n’est en aucune façon un prix trop élevé à payer. Je n’ajoute rien, puisque vous dîtes que mes paroles d’encouragement n’ont aucune valeur pour vous. Mais ceci au moins est vrai, et c’est quelque chose que d’autres, dont l’expérience spirituelle et la grandeur ne peuvent être niées, vous affirmeraient.

Si vous éprouvez pour moi l’amour dont vos parlez – je ne dirai rien du mien envers vous, car vous ne semblez pas tellement y croire – vous écouterez ce que je vous dis, reprendrez votre marche et mènerez à bien votre promesse de continuer votre quête avec patience et courage jusqu’à la fin.

PS : Une rectification : Suchi n’avait pas perdu tout intérêt pour la vie – il a été jusqu’au bout profondément intéressé par le yoga et la vie. Seulement, il savait qu’il ne pourrait pas atteindre son but maintenant, car son corps était âgé et usé par ses soixante-quinze ans et les accidents qui l’avaient frappé : il s’est contenté de se préparer, afin qu’en partant dans la Lumière, il puisse s’épanouir par la suite."

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