Extraits Lettres à Dilip (Février 1935)
6 février 1935
[…] Au sujet de la Force, j’écrirai à un autre moment. Je vous ai expliqué qu’elle n’était pas toujours efficace, mais travaille dans certaines conditions comme toutes les forces ; c’est seulement la force supramentale qui œuvre dans l’absolu, parce qu’elle crée ses propres conditions. Mais la force que j’utilise dois travailler dans les conditions actuelles du monde. Elle n’en est pas moins une Force. Avec elle, je me suis guéri de toutes les maladies, sauf trois, et même celles-là, je les contrôle quand elles viennent ; que je n’aie pas encore réussi à éliminer avec les autres.
Quant à la Mère, autrefois, elle guérissait tout avec le même Pouvoir – maintenant, elle n’a plus le temps de penser à son corps ou de se concentrer sur lui. Malgré tout, quand elle exerce une certaine concentration intérieure, elle peut voir, lire, etc. ; parfaitement bien sans lunettes, mais elle n’a pas le temps de développer les possibilités que cela démontre.
La prédominance de la maladie en ce moment est un fait. Cela fait partie de la lutte qui se déroule dans le domaine de la Matière. Malgré tout, de nombreuses personnes à l’Ashram se débarrassent de leurs maux en faisant confiance à Mère. Si tous ne peuvent pas le faire, qu’est-ce que cela prouve ou réfute ? Cela prouve seulement que le Pouvoir n’agit pas de façon absolue, miraculeuse ou impossible, mais travaille selon certains moyens et dans certaines conditions. J’ai toujours affirmé cela, alors qu’est-ce qui est nouveau ou anéantit la vérité du Yoga
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Correspondance (1934-1935) - Editions Banyan - Littératures de l'Inde
Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, correspondance, spiritualité, yoga, conscience, doute, ashram, fils, ami, persévérance, compassion, joie, aide, volonté
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10 février 1935
[…] Je n’ai jamais dit ces choses. Je ne pense pas en ces termes d’ego, pas plus que mon vital ne navigue dans ces ambitions égoïstes. C’est une Vérité plus haute que je cherche, et la question n’est pas de savoir si elle rend les hommes plus grands ou pas, mais si elle leur donnera la possibilité de vivre dans la vérité, la paix et la lumière, et de faire de la vie quelque chose de mieux qu’une bataille avec l’ignorance, le mensonge, la souffrance et les conflits.
Alors même s’ils sont moins grands que les hommes du passé, mon objectif serait atteint. Pour moi, les conceptions mentales de peuvent être la fin de toute chose. Je sais que le Supramental est une vérité.
[…]
Ce n’est pas pour la grandeur personnelle que je cherche à faire descendre le supramental. Je me moque éperdument de la grandeur et de la petitesse au sens humain. Je cherche a amener un principe de Vérité, de Lumière, d’Harmonie et de Paix intérieure dans la conscience humaine. Je le vois au-dessus et je sais ce qu’il est – je le sens superviser d’en haut ma conscience et je cherche à lui donner la possibilité de prendre tout l’être dans son pouvoir inné, plutôt que la nature humaine continue à rester dans une demi-lumière-demi-obscurité.
Je pense que la descente de cette Vérité, ouvrant la voie à un développement de conscience divine dans cette nature, est le sens final de l’évolution terrestre. Ce n’est pas parce que cette vision et cet idéal ne sont pas offerts à des hommes plus grands que moi que je ne devrais pas suivre mon sens et ma vision de la Vérité.
Si la raison humaine me considère comme un fou parce que je tente quelque chose que Krishna n’a pas tenté, cela m’est absolument égal.Il n’est là aucunement question de Haradhan, de Rani, ni de qui que ce soit d’autre. C’est une affaire entre le Divin et moi-même – à savoir si c’est la volonté divine ou pas, si j’ai été envoyé pour faire descendre cela, ouvrir la voie pour cette descente ou du moins la rendre possible, ou non.
Laissons tous les hommes me conspuer s’ils le veulent ou tout l’Enfer me tomber dessus s’il le veut pour mon audace : je continue jusqu’à ce que je vainque ou périsse. Voilà l’esprit dans lequel je cherche le supramental, ce n’est pas une question de grandeur pour moi ou pour les autres. (Ceci ne doit pas circuler.)
Voilà qui rappelle cette parole de Mère dans l’Agenda du 25 septembre 1965 : « Ceux qui veulent rester grands, lumineux, forts, puissants, et patati-patata, eh bien, qu'ils restent là-bas, ils ne peuvent rien faire pour la terre. »
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10 février 1935
La raison pour laquelle je veux que vous vous débarrassiez des concepts mentaux, c’est qu’ils sont rigides et vous gardent enchaîné à l’idée et ses sentiments de votre incapacité et de l’impossibilité de la sadhana. Défaites-vous de cela et un grand obstacle disparaîtra.
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22 février 1935
[…] Manifestement, ce dont vous avez besoin, c’est d’une dose de soleil supramental. J’espère obtenir un jour cet article sous forme liquide et portable pour vous en oindre. D’ici là, vous devez attendre, je crois, et au lieu d’écouter le Puissant Raisonneur et Cie, écrire des poèmes comme les derniers et rêver, dans vos méditations, de la danse et de la flûte de Krishna. C’est la meilleure manière de l’amener près de vous.
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Liens vers les fleurs liées à Krishna
Influence de Krishna dans le Subconscient
La lumière de Krishna dans le mental
La lumière de Krishna dans le mental physique
La lumière de Krishna dans le Subconscient
La lumière de Krishna dans le Surmental
La lumière de Krishna dans le vital
La lumière de Krishna dans les sens
Le jeu de Krishna dans la Matière
Le jeu de Krishna dans le vital
Premier signe de la lumière de Krishna dans la Matière
[…]
J’ai expliqué mon point de vue à Nirod, je ne le répète donc pas ici. Dans ma lettre à Nirod, il se trouve évidemment une certaine note de persiflage et d’insistance humoristique dont vous devez tenir compte si vous voulez percevoir la mesure exacte de mon raisonnement et sa signification157… [lettre incomplète]
157. Voici ce que Sri Aurobindo écrivait à Nirod :
« La question était de savoir si des facultés nouvelles, pas du tout manifestées dans la personnalité et dans cette vie jusque-là, pouvaient apparaître, même de façon soudaine, par la force du yoga (…) Quel merveilleux argument ! Puisque cela n’a pas été fait, il est impossible de l’accomplir ! À ce rythme-là, toute l’histoire de la terre aurait dû s’arrêter bien avant le protoplasme. Lorsqu’elle était une masse de gaz, aucune vie n’était encore apparue, donc la vie ne pouvait pas apparaître – quand seule la vie existait, le mental n’était pas né, donc le mental ne pouvait pas naître. Puisque le mental est là, mais rien au-delà, puisqu’il n’existe pas de Supramental manifesté en qui que ce soit, il ne pourra jamais se manifester. Sobhanallah ! Gloire, gloire à la raison humaine ! Heureusement, le Divin, l’Esprit Cosmique, la Nature ou quiconque se trouve là, se fiche de la raison humaine. Il ou Elle ou Cela accomplit ce qu’il ou elle ou cela doit accomplir, que ce soit possible ou non. »
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22 février 1935
[…] Je suppose que les gens éprouvent une sensation de calme et d’immobilité provenant de mon apparence. Mais qu’y a-t-il de terrifiant ? Jusqu’à présent, on supposait qu’il s’agissait là de la présence yoguique habituelle et qu’elle pouvait réconforter et tranquilliser. Dois-je comprendre que j’en ai fait quelque chose de redoutable et d’asourique, qui épouvante et qui est farouche, sévère et repoussant ? J’ai du mal à le croire. Où est-ce parce que je vis trop à l’intérieur et recèle trop de choses inconnues et incompréhensibles ? J’ai toujours vécu au-dedans, et que pourrait-on attendre d’autre de moi ? Il y a quelque chose qui doit être manifesté et c’est seulement à l’intérieur qu’on peut le trouver – il y a un monde qui lutte pour naître, et ce n’est qu’au-dedans qu’on peut le trouver et le libérer.