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Publié par Pascal

LE LABEUR D’UN DIEU


J'ai ramassé mes rêves dans un air argenté
Entre l'or et le bleu
Et les ai enveloppés là doucement et laissés là,
Mes rêves de bijoux de vous.

J'avais espéré bâtir un pont d'arc-en-ciel
Pour marier le sol au ciel
Et semer dans cette planète dansante
Les humeurs de l'infinitude.

Mais nos cieux étaient trop brillants, trop lointains,
Trop frêle leur substance éthérée ;
Trop splendide et subite notre lumière ne pouvait pas rester ;
Les racines n'étaient pas assez profondes.

Celui qui voudrait apporter ici les cieux
Doit descendre lui-même dans l'argile
Et porter le fardeau de la nature terrestre
Et marcher le chemin douloureux.

Forçant ma divinité je suis descendu
Ici sur cette terre sordide,
Ignorante, laborieuse, produit humain
Entre les portes de la mort et de la naissance.

J'ai creusé longtemps et profond
Dans une horreur de fange et de boue
Un lit pour la chanson de la rivière d'or,
Une demeure pour le feu qui ne meurt pas.

J'ai labouré et souffert dans la nuit de la Matière
Pour apporter le feu à l'homme ;
Mais la haine des enfers et la méchanceté humaine
Sont ma part depuis que le monde a commencé.

Car le mental de l'homme est la dupe de son moi animal,
Il abrite en lui-même un Elfe sinistre
Amoureux de la douleur et du péché
Dans l'espoir que ses sensualités gagneront.

L'Elfe gris frémit d'horreur devant les flammes du ciel
Et de toutes choses heureuses et pures ;
C'est seulement par le plaisir et la passion et la douleur
Que son drame peut durer.

Partout autour ce sont les ténèbres et la lutte,
Car les lampes que les hommes appellent soleils
Sont seulement les premières lueurs sur cette vie hésitante
Lancées par les Immortels.

L'homme allume ses petites torches d'espoir,
Qui conduisent à un bord manquant ;
Un fragment de Vérité est son rayon le plus vaste,
Une auberge de son pèlerinage.

La Vérité des vérités les hommes la craignent et la nient,
La Lumière des lumières, ils la refusent
Ils lèvent leur cri à des dieux ignorants
Ou choisissent l'autel d'un démon.

Tout ce qu'ils trouvaient devait encore être cherché
Chaque ennemi tué revit,
Chaque bataille est à jamais livrée et relivrée
À travers des trouées de vies infructueuses.

Mes plaies béantes sont mille et une
Et les rois titaniques assaillent,
Mais je ne peux pas me reposer tant que ma tâche n'est pas faite
Et la Volonté éternelle accomplie.

Comme ils se moquent et ricanent, diables et hommes !
« Ton espoir est une tête de chimère
Qui peint le ciel avec ses couleurs de feu ;
Tu tomberas et ton œuvre mourra.

« Qui es-tu qui babilles des aises célestes
Et de la joie et de la chambre d'or
Pour nous qui sommes des épaves sur les mers de l'inconscient
Et voués au destin de fer de la vie ?

« Telle est notre terre, un champ de la Nuit
Pour nos petits feux papillotants.
Comment supporterait-elle la Lumière sacrée
Ou souffrirait-elle les désirs d'un Dieu ?

« Voyons, tuons-le et finissons sa course !
Alors nos cœurs seront délivrés
Du fardeau et de l'appel de sa gloire et de sa force
Et de la domination de sa vaste paix blanche. »

Mais le dieu est là dans ma poitrine de mortel
Qui lutte contre l'erreur et le destin
Et taille une route à travers la fange et le désert
Pour l'Immaculé sans nom.

Une voix a crié, « Va où nul n'est allé !
Creuse plus profond et encore plus profond
Jusqu'à ce que tu arrives à l'inexorable pierre de fond
Et frappe à la porte sans clef. »

J'ai vu qu'une fausseté était plantée profondément
À la racine même des choses
Là où le Sphinx gris garde dans le sommeil l'énigme de Dieu
Sur les ailes ouvertes du Dragon.

J'ai quitté les dieux de la surface du mental
Et les mers insatisfaites de la vie
Et plongé à travers les allées aveugles du corps
Jusqu'aux régions infernales des mystères d'en bas.

J'ai creusé à travers le terrible cœur muet de la Terre
Et entendu le bourdon de sa messe noire.
J'ai vu la source d'où partent ses agonies
Et la raison intérieure de l'enfer.

Au-dessus de moi grondent les murmures du dragon
Et les voix de l'elfe voltigent ;
J'ai traversé le Vide d'où naquit la Pensée,
J'ai marché dans le trou sans fond.

Sur une dernière marche désespérée mes pieds se sont posés
Armés d'une paix sans borne
Pour apporter les feux de la splendeur de Dieu
Dans l'abîme humain.

Celui que je suis était encore avec moi ;
Tous les voiles se brisent maintenant.
J'ai entendu Sa voix et porté Sa volonté
Sur mon vaste front tranquille.

Le gouffre entre les profondeurs et les hauteurs est comblé
Et les eaux d'or se déversent
Au fond de la montagne de saphir sillonné d'arc-en-ciel
Et miroitent de côte en côte.

Le feu du ciel est allumé dans la poitrine de la terre
Et les soleils immortels brûlent ici ;
Par une faille de merveille dans les enclos de la naissance
Les esprits dans un corps aspirent

Comme des flammes vers les royaumes de Vérité et de Félicité :
Les enfants radieux du Paradis
S'acheminent par un escalier d'or vermillon
Carillonnant la fin des ténèbres.

Encore un peu et les portes de la vie nouvelle
Seront taillées dans une lumière d'argent
Avec son toit doré et son sol de mosaïque
Dans un grand monde nu et lumineux.

Je laisserai mes rêves dans leur air argenté,
Car dans un vêtement d'or et de bleu
Marchera sur la terre incarnée et belle
La vérité vivante de toi.

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