Le Yoga et la maîtrise du sexe
Autre sujet fichtrement important abordé dans cette compilation : la maîtrise des impulsions sexuelles.
Dans un article récent sur les examens Sri Aurobindo dans une lettre attire notre attention sur les dangers du prosélytisme :
"On peut dire d'une manière générale qu'un excès de zèle pour attirer les gens à la sâdhanâ, spécialement les très jeunes gens, n'est pas sage."
Il suffirait pourtant de rappeler que le yoga intégral est incompatible avec l'impulsion sexuelle pour que cela refroidisse la plupart des enthousiasmes à entrer dans ce chemin. 😊 Voyons cela de plus près avec quelques extraits.
Il est facile de répondre à votre question sur l'âme complémentaire et le mariage : la voie de la vie spirituelle va pour vous dans une direction, le mariage dans une autre qui lui est tout à fait opposée.
Toute référence à une âme complémentaire est un camouflage sous lequel le mental cherche à dissimuler les besoins sentimentaux, sensuels et physiques de la nature vitale inférieure. (1) C'est cette nature vitale en vous qui pose la question et aimerait recevoir une réponse qui réconcilierait ses désirs et ses exigences avec l'appel de l'âme vraie en vous. Mais elle ne doit pas s'attendre à nous voir approuver la réconciliation d'éléments aussi disparates.
La voie du yoga supramental est claire : elle ne passe pas par de telles concessions ; pas, dans votre cas, par la satisfaction, si possible sous couvert d'apparences spirituelles, de l'appétit de la nature vitale pour les conforts et les agréments d'une vie domestique et conjugale et pour l'assouvissement des désirs émotifs et des passions physiques ordinaires, mais par la purification et la transformation des forces que ces mouvements pervertissent et utilisent à contre-sens. (2)
Non pas ces exigences humaines et animales, mais l'Ânanda divin qui est au-dessus et au-delà d'elles et que l'abandon à ces formes dégradées de lui-même empêcherait de descendre (3) : tel est le but grandiose auquel l'être vital du sâdhak doit aspirer. (4)
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
Quelques remarques
1. Voilà qui est une réponse claire et nette à toutes les fadaises que l'on peut entendre sur l'âme sœur.
2. Que veut-il dire ? Quelles sont ces forces et mouvements pervertis par nos appétits, nos désirs et nos passions ? Prenons garde à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, car derrière ces choses à rejeter, il y a manifestement quelque chose à garder. Ce n'est pas très clair.
3. En quoi, ou pourquoi nos exigences humaines et animales empêcheraient l'Ânanda divin de descendre ? En tout cas, si c'est le cas, et nous pouvons faire confiance à Sri Aurobindo, c'est quelque chose... de grave.
Il y a quelque chose de difficile à comprendre, et derrière, comme une révolte, quelque chose qui n'accepte pas qu'il en soit ainsi.
C'est un sujet que Mère a abordé :
Agenda du 25 août 19541
1. Le texte suivant est extrait d’une «classe du mercredi». Tous les mercredis, en effet, Mère répondait aux questions que lui posaient les disciples et enfants assemblés au «Terrain de Jeu» de l’Ashram.
(Mère lit aux disciples un texte de Sri Aurobindo, «La Mère», où Sri Aurobindo décrit les différents aspects du Pouvoir créateur – ce qu’on appelle la «Shakti» en Inde ou la «Mère» – qui ont présidé à l’évolution universelle :)
«... Il y a d’autres grandes Personnalités de la Mère divine, mais elles étaient plus difficiles à faire descendre et elles ne se sont pas manifestées d’une manière aussi prononcée dans l’évolution de l’esprit terrestre. Parmi elles, se trouvent des Présences indispensables à la réalisation supramentale; la plus indispensable de toutes est la Personnalité de cette extase, cet Ananda2 mystérieux et puissant qui jaillit du suprême Amour divin, l’Ananda qui seul peut guérir le gouffre entre les hauteurs les plus sublimes de l’esprit supramental et les abîmes les plus profonds de la matière, l’Ananda qui tient la clef d’une vie merveilleuse et suprêmement divine, et qui, même maintenant, depuis ses demeures cachées, soutient l’œuvre de tous les autres Pouvoirs de l’Univers.»
(Sri Aurobindo, La Mère, xxv, 35)
2. Ananda : la Joie divine.
(Un disciple :) Douce Mère, quelle est cette Personnalité et quand est-ce qu’Elle se manifestera ?
J’ai préparé ma réponse.
Je savais que l’on allait me demander cela, parce que de toutes les choses, c’est la plus intéressante dans ce passage, et j’ai préparé ma réponse – ma réponse à cela, et ma réponse à une autre question aussi. Mais je vais d’abord vous lire celle-là. Tu as demandé : «Quelle est cette Personnalité, et quand Elle viendra ?» Et moi, je réponds ceci (Mère lit) :
«Elle est venue, apportant avec Elle une splendeur de puissance et d’amour, une intensité de joie divine inconnues à la Terre jusqu’alors. L’atmosphère physique en était toute changée, imprégnée de possibilités nouvelles et merveilleuses.
«Mais pour qu’Elle puisse se fixer et agir ici-bas, il fallait qu’Elle rencontre un minimum de réceptivité, qu’Elle trouve au moins un être humain ayant les qualités requises dans le vital et le physique, une sorte de super-Parsifal doué d’une pureté spontanée et intégrale, mais en même temps possédant un corps assez solide et équilibré pour pouvoir supporter sans fléchir l’intensité de l’Ananda qu’Elle apportait.
«Jusqu’à présent, Elle n’a pas obtenu ce qui était nécessaire. Les hommes restent obstinément des hommes et ne veulent pas, ou ne peuvent pas, devenir des surhommes. Ils ne peuvent recevoir et exprimer qu’un amour qui soit à leur taille : un amour humain. Et la joie merveilleuse de l’Ananda divin échappe à leur perception.
«Alors, parfois, Elle songe à se retirer, trouvant que le monde n’est pas prêt à la recevoir. Et ce serait une perte cruelle.
«Il est vrai que, pour le moment, sa présence est plus nominale qu’active, puisqu’Elle n’a pas l’occasion de se manifester. Mais même ainsi, Elle est une aide puissante pour l’Œuvre. Car, de tous les aspects de la Mère, c’est celui-là qui a le plus de pouvoir pour la transformation corporelle. En effet, les cellules qui peuvent vibrer au contact de la Joie divine, la recevoir et la conserver, sont des cellules régénérées en voie de devenir immortelles.
«Mais les vibrations de la Joie divine et celles du plaisir ne peuvent cohabiter dans le même système vital et physique. Il faut donc avoir TOTALEMENT renoncé à éprouver tout plaisir pour être en état de recevoir l’Ananda. Mais bien peu nombreux sont ceux qui peuvent renoncer au plaisir sans, par cela même, renoncer à toute participation à la vie active et sans se plonger dans un ascétisme rigoureux. Et parmi ceux qui savent que c’est dans la vie active que doit avoir lieu la transformation, certains essayent de prendre le plaisir pour une forme, plus ou moins dévoyée, de l’Ananda, et légitiment ainsi en eux la recherche de la satisfaction personnelle, créant en eux-mêmes un obstacle presque infranchissable à leur propre transformation.»
Certes, le texte de Mère n'explique pas pourquoi il en est ainsi, mais il confirme sans l'ombre d'une ambiguïté ce que dit Sri Aurobindo – à savoir que nos désirs, nos passions, notre recherche du plaisir, etc. empêche l'Ananda divin de descendre en nous.
4. Sri Aurobindo nous dit que la descente de l'Ananda est le but grandiose auquel l'être vital du sâdhak doit aspirer. Pour la plupart, nous n'avons pas conscience, j'en suis presque certain, qu'il s'agit d'un but grandiose. Dans cet Agenda, nous avons toute une série d'affirmations qui nous permettent de le comprendre...
– Sri Aurobindo en fait une extraordinaire description. Il parle d'une extase... qui jaillit du suprême Amour divin, qui seul peut guérir le gouffre entre les hauteurs les plus sublimes de l’esprit supramental et les abîmes les plus profonds de la matière, qui tient la clef d’une vie merveilleuse et suprêmement divine, et qui, même maintenant, depuis ses demeures cachées, soutient l’œuvre de tous les autres Pouvoirs de l’Univers.
– Mère ajoute des informations tout aussi considérables sur la nature de cet Ananda divin : de tous les aspects de la Mère, c’est celui-là qui a le plus de pouvoir pour la transformation corporelle. En effet, les cellules qui peuvent vibrer au contact de la Joie divine, la recevoir et la conserver, sont des cellules régénérées en voie de devenir immortelles.
Mère va bien au-delà de la simple compréhension car elle donne trois indications pour être en capacité de le recevoir : pureté spontanée et intégrale dans le vital et le physique, corps assez solide et équilibré, renoncer au plaisir sans, par cela même, renoncer à toute participation à la vie active.
En conclusion de ce premier texte de Sri Aurobindo sur la maîtrise de l'impulsion sexuelle, il me semblait très important de rappeler que si nous acceptons de renoncer au plaisir sexuel, nous ne devrions pas faire triste mine mais considérer, qu'au bout du chemin,il y a la possibilité, la perspective d'une joie qui apparemment dépasse le plaisir au centuple...
Cet Agenda donne d'autres indications mais voyons maintenant un autre extrait des Lettres sur le Yoga où Sri Aurobindo entre davantage dans les détails et nous met en garde :
J'ai énoncé très brièvement dans ma lettre précédente ma position à l'égard de l'impulsion sexuelle dans le yoga. J'ajouterai ici que mes conclusions ne sont fondées sur aucune opinion mentale, aucune idée morale préconçue, mais sur des faits probants et sur l'observation et l'expérience.
Je ne nie pas que tant que l'on admet une sorte de séparation entre l'expérience intérieure et la conscience extérieure, celle-ci étant laissée à elle-même comme une activité inférieure contrôlée mais non transformée, il est tout à fait possible d'avoir des expériences spirituelles et de faire des progrès sans une cessation totale de l'activité sexuelle. Le mental se sépare du vital extérieur (les instruments de la vie) et de la conscience physique et vit sa propre vie intérieure. Mais très peu de gens peuvent vraiment faire cela d'une manière complète ; et dès l'instant où les expériences s'étendent aux plans vital et physique, on ne peut plus traiter le sexe de cette manière.
À tout moment, il peut devenir une force qui dérange, bouleverse et déforme. J'ai observé que le sexe, au même degré que l'ego (l'orgueil, la vanité et l'ambition) et les convoitises et désirs radjasiques, est l'une des causes principales des accidents spirituels qui arrivent dans la sâdhanâ.
Vouloir le traiter par le détachement, sans l'extirper totalement, échoue tout à fait ; vouloir le "sublimer" comme le préconisent beaucoup de mystiques modernes en Europe, est une expérience tout à fait téméraire et périlleuse. Car c'est le mélange du sexe et de la spiritualité qui cause les plus grands ravages.
Même vouloir le "sublimer" en le tournant vers le Divin comme dans le madhoura bhâva vishnouïte comporte de sérieux dangers ainsi que le prouvent si souvent les mauvais résultats d'une fausse tournure ou d'un mauvais usage de cette méthode.
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En tout cas, dans notre yoga, qui ne recherche pas seulement l'expérience essentielle du Divin, mais la transformation de tout l'être et de toute la nature, j'ai trouvé que de viser à une complète maîtrise de la force sexuelle est une nécessité absolue de la sâdhanâ.
Autrement, la conscience vitale reste un trouble mélange dont la turbidité affecte la pureté du mental spiritualisé et entrave sérieusement la poussée ascensionnelle des forces du corps.
Ce yoga exige une ascension complète de toute la conscience inférieure ou ordinaire et sa jonction avec la conscience spirituelle au-dessus, et une descente complète de la conscience spirituelle (finalement, de la conscience supramentale) dans le mental, la vie et le corps afin de les transformer.
L'ascension totale est impossible tant que le désir sexuel bloque le chemin ; la descente est dangereuse tant que le désir sexuel a du pouvoir dans le vital.
Car à tout moment, un désir sexuel non extirpé ou latent peut être la cause d'un mélange qui repousse la vraie descente et se sert à d'autres fins de l'énergie acquise, ou tourne toutes les actions de la conscience vers de fausses expériences, troubles et trompeuses.
Par conséquent, il faut se débarrasser de cet obstacle sur le chemin, sinon il ne peut y avoir ni sécurité ni libre mouvement vers l'aboutissement décisif de la sâdhanâ.
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L'opinion contraire dont vous parlez, vient peut-être de l'idée que le sexe est une partie naturelle de l'ensemble vital-physique humain, une nécessité comme la nourriture et le sommeil, et que sa totale inhibition peut mener à un déséquilibre et à de sérieux désordres. C'est un fait que le sexe, si l'on supprime son activité extérieure tout en s'y livrant d'autres manières, peut produire des désordres dans le système et des troubles cérébraux. Telle est la base de la théorie médicale qui déconseille l'abstinence sexuelle.
Mais j'ai remarqué que ces désordres se produisent seulement quand une satisfaction secrète ou pervertie remplace l'activité sexuelle normale, ou quand on se laisse aller à cette activité d'une manière vitale subtile, par l'imagination ou par un échange vital invisible de genre occulte.
Je ne pense pas qu'aucun mal se produise jamais quand il y a un véritable effort spirituel vers la maîtrise et l'abstinence.
En Europe maintenant, bien des autorités médicales soutiennent que l'abstinence sexuelle, si elle est authentique, est bienfaisante ; car l'élément du retas qui sert à l'acte sexuel est alors transformé en l'autre élément, odjas, qui nourrit les énergies du système – mentales, vitales et physiques ; et c'est la justification de l'idée indienne du brahmatcharya : la transformation de retas en odjas et l'ascension des énergies pour les changer en force spirituelle.
(Dans l'énergétique chinoise il est question de l'alchimie interne où le jing (l'essence) se transforme en qi (énergie) qui a son tour se transforme en shen (conscience) qui retourne alors au corps pour le purifier, le renforcer...)
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Quant à la méthode de maîtrise, on ne peut pas y parvenir par une simple abstinence physique ; il faut un procédé combiné de détachement et de rejet.
La conscience se détache de l'impulsion sexuelle, sent qu'elle n'est pas à elle, que c'est quelque chose d'étranger qui est jeté sur elle par la force de la Nature, et refuse de consentir ou de s'identifier ; chaque mouvement de refus la rejette de plus en plus au-dehors.
Le mental reste impassible ; au bout de quelque temps, l'être vital, principal support de l'impulsion sexuelle, s'en retire de la même manière ; enfin la conscience physique cesse de la soutenir. Ce processus continue jusqu'à ce que le subconscient lui-même ne puisse plus le faire surgir en rêve et qu'aucun autre mouvement ne vienne de la force de la Nature extérieure pour rallumer ce feu inférieur.
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Tel est le processus quand les tendances sexuelles persistent avec obstination. Mais certains peuvent s'en débarrasser d'une façon définitive en les laissant tomber de la nature, promptement et radicalement, quoique ce soit plus rare. Il faut dire que l'élimination totale de l'impulsion sexuelle est l'une des choses les plus difficiles de la sâdhanâ, il faut s'attendre à ce que cela prenne du temps. Mais sa totale disparition est chose faisable et il est assez commun d'en être pratiquement libéré, à part quelques mouvements de rêve de temps à autre venant du subconscient.
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